Alors que la notion de frugalité a fait irruption dans le vocabulaire de l’architecture et de l’urbanisme il y a quelques années, interrogeons-nous sur son origine et son parcours.

Frugalité a pour étymologie frugalitas, qui signifie récolte de fruits, ce qui est donc apparenté au fructus, au fruit, ce qui a également donné les adjectifs fructueux et fructueuse.

Il est étonnant de constater que cette racine commune ait fructifié en deux sens quasiment antinomiques, l’un étant synonyme de sobriété et simplicité, l’autre véhiculant au contraire des images d’abondance.

En effet, frugalitas s’est rapidement imposée comme preuve de tempérance et de modestie, la « juste récolte des fruits de la terre » permettant une vie simple et mesurée à qui sait en faire des provisions.

Dans la société française et européenne, le frugalisme comme mode de vie a fait son chemin au cours du XXe siècle. Il consistait alors à mettre de l’argent de côté pour ensuite travailler moins et vivre mieux, quitte à gagner moins.

Plus proche du sens que l’on donne aujourd’hui au mot frugalité, le mouvement de la simplicité volontaire, relayé notamment par l’agroécologue Pierre Rabhi, s’appuie sur une remise en cause personnelle, à défaut de collective, de son travail, sa consommation (alimentation, habillement, loisirs, vacances) et de son habitat et tisse des liens avec la théorie de la décroissance, née durant les années 1970.

Le mot de frugalité ne semble réellement émerger qu’en 2012 avec la parution du livre La ville frugale : un modèle pour préparer l’après-pétrole[1] par Jean Haënjens, qui s’appuie notamment sur les travaux qu’il a menés avec les architectes et urbanistes Jan Gehl et Philippe Madec, soit 25 ans après le rapport Brundtland « Notre avenir à tous[2] », qui a posé les bases (et la définition) du développement durable. Il prône une ville qui, tout en offrant plus de satisfaction à ses habitants et à ses usagers, consommerait moins de richesses.

De confidentielle, la notion conquiert de manière marquante l’urbanisme et l’architecture à compter de 2018, à la suite de la publication d’un manifeste pour une frugalité heureuse et créative en 2018, à l’initiative de Philippe Madec, Dominique Gauzin-Müller (architecte et chercheuse) et Alain Bornarel (ingénieur). Cette publication s’est accompagnée de la création du mouvement portant le même nom[3], qui œuvre depuis dans le domaine de l’architecture et du ménagement (et non aménagement) du territoire. Ses quatre engagements s’organisent autour des axes suivants : ne plus administrer (mais s’engager), ne plus consommer (mais contenter), ne plus construire (mais réhabiliter) et ne plus aménager (mais ménager).

C’est ce mouvement qui a inspiré la municipalité écologiste de Bordeaux, arrivée aux commandes en 2020, pour la création du label « bâtiment frugal bordelais[4] » en 2021, destiné à répondre aux enjeux climatiques et au bien-être des habitants. Face à la difficulté des professionnels de la construction à remplir tous les critères, une version simplifiée de ce label vient d’être présentée en mars 2024. Preuve que la frugalité nécessite des efforts.


[1] | Éditions Rue de l’échiquier, 2012.

[2] | Gro Harlem Brundtland, ONU, 1987.

[3] | https://frugalite.org

[4] | https://www.bordeaux.fr/p146878/label-batiment-frugal-bordelais

 

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