Bordeaux, le 15 avril 2020

© Mélina Gaboreau.

Dès le premier jour du confinement lié à l’épidémie de nouveau coronavirus (Covid-19), le mardi 17 mars dernier, de nombreux Français ont pris l’initiative de sortir sur leur balcon ou de se mettre à leur fenêtre à 20 h « tapantes » pour applaudir et ainsi manifester leur soutien et remercier le personnel soignant de sa mobilisation dans la lutte contre l’épidémie. Pour soutenir et remercier tous ceux, également, qui continuent à travailler en dehors de chez eux pendant cette crise inédite pour assurer les besoins essentiels du pays : caissiers, éboueurs, boulangers, agents d’entretien et de sécurité… L’initiative a démarré à Marseille s’inspirant de l’Espagne et de l’Italie, déjà confinées depuis le début du mois de mars. Les appels se sont ensuite multipliés sur les réseaux sociaux pour inviter le plus grand nombre à prendre part à ce rendez-vous quotidien : sur Twitter, avec le hashtag #onapplaudit et sur Facebook où un groupe a notamment été créé : #jesuischezmoi #a20hjetapedesmains #onapplaudit #MERCI A NOS SOIGNANTS.

J’ai mené une petite enquête auprès de mon entourage familial et professionnel (soit une cinquante d’habitants de la métropole bordelaise) pour savoir comment était accueillie cette initiative et si les gens y prenaient part… Voici ce qu’il en ressort. Attention, les résultats présentés ici non absolument rien de scientifique !

Les plus « concernés » applaudissent moins

C’est la première tendance qui se dessine. Les individus les plus « politisés » et/ou ceux qui ont des médecins, infirmières ou autres personnels soignants dans leur entourage sont plutôt les moins enclins à battre des mains et les plus critiques à l’égard de cette initiative. En effet, sensibles aux conditions de travail particulièrement difficiles et fortement dégradées des soignants au cours des dernières années, en raison de restrictions budgétaires et autres complexifications administratives, ils considèrent qu’applaudir revient à remercier des personnes qui n’ont pas vraiment le choix et se retrouvent placées bien malgré elles dans une situation sacrificielle.  Néanmoins, certains finissent par céder et à rejoindre le mouvement, notamment sous la pression de leurs enfants qui, loin de toutes considérations politiques, voient avant tout l’aspect ludique de ce rituel. Et finalement, certains y trouvent malgré tout un aspect positif : celui de nouer des relations de voisinage.

Dis-moi où tu habites, je te dirai comment tu applaudis

Ce petit sondage auprès d’une cinquantaine de proches habitant la métropole bordelaise a permis d’esquisser une géographie très approximative des applaudissements. Globalement, c’est dans les quartiers populaires que l’on fait le plus de bruit : à Saint-Michel, au Grand Parc, à Bacalan et dans les zones d’habitat social de la rive droite. Souvent, avec renfort de poêles et casseroles. En revanche, devant les façades cossues de la ville de pierre, on respecte le charme discret de la bourgeoisie et c’est du bout des doigts que certains témoignent de leur soutien rue Fondaudège ou autour de la Barrière du Médoc. Dans Mériadeck vidé de ses fonctionnaires, point de rendez-vous tapageur. Plus loin du cœur de la métropole, au Taillan-Médoc par exemple, campagne oblige, certains habitants sortent carrément la corne de brume ou sonnent du cor !

Une revanche des sens

Alors que l’on sait à présent que l’altération ou la perte totale d’odorat et/ou de goût sont des marqueurs importants de la maladie, ces séances quotidiennes d’applaudissements, outre le fait qu’elles permettent de se mettre à l’unisson de ses concitoyens, sont une sorte de caresse sonore, de grande accolade collective. On fait du bruit avec son corps, on échange des regards et sourires depuis fenêtres et balcons et la clameur qui monte réinsuffle la vie dans les artères vidées de nos villes confinées. Une énergie et un optimisme sans doute salutaires dans cette période de grandes incertitudes sur ce que réserve le monde de l’après-covid 19 aux traumatisés du confinement que nous sommes désormais.

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