Taux de remplissage du Matmut Atlantique

En avril 2013, Alain Juppé posait la première pierre du grand stade, comme l’appelaient les Bordelais au commencement du projet inauguré en mai 2015 et financé par l’État, Bordeaux, la Métropole, la Région, les Girondins de Bordeaux et les constructeurs (Fayat/Vinci). L’exploitant du Matmut Atlantique est Stade Bordeaux Atlantique, filiale des constructeurs ; le loyer est payé par le contribuable et le Football Club des Girondins de Bordeaux, principal résident. Cet équipement avait pour objectif de répondre aux exigences d’accueil des compétitions internationales, d’organiser des manifestations de grande ampleur et de contribuer au rayonnement culturel de la métropole. Quatre années plus tard, les objectifs affichés sont plus ou moins atteints : l’Euro 2016 a été un succès, les Girondins évoluent dans une enceinte digne des meilleurs clubs d’Europe et Bordeaux peut désormais recevoir des artistes capables de remplir des stades. Sur ce dernier point, l’exploitant, n’ayant programmé qu’une poignée de concerts depuis 2015, souffre de la concurrence imposée par les autres stades construits pour l’Euro 2016 (Lille, Nice et Lyon).

Par conséquent, plus de 75 % des événements organisés au Matmut Atlantique sont des matchs du FCGB. C’est là que le bât blesse : le taux de remplissage (nombre de places occupées rapporté au nombre total de places disponibles) lors des matchs de la saison passée est de 44 %[1] en moyenne et l’affluence n’a dépassé que 3 fois (sur 27 matchs) la capacité de l’ancien stade… Cette faible affluence pose un double problème : la remise en question de la légitimité d’un tel équipement et le manque de recettes prévues pour compenser les coûts de construction. En plus d’un naming deux fois moins lucratif que prévu (2,1 millions d’euros contre 3,9 prévus), l’absence du grand public pourrait engendrer des renégociations entre l’exploitant et la municipalité en 2020. Pourtant, la capacité a été indexée sur l’affluence en constante augmentation entre 2004 et 2010.

En effet, le FCGB est classé 17e en taux de remplissage moyen (sur 20 clubs de Ligue 1) et n’a que la 9e affluence moyenne[2]. Mais ne nous méprenons pas ! Si le stade René Gallice – comme l’appellent les habitués du virage sud, souvent bien seuls en tribune – peine à se remplir, la qualité de l’ouvrage n’est pas remise en cause. Ce sont probablement les résultats sportifs décevants qui expliquent cette faible affluence.

Qu’en est-il des autres métropoles françaises ayant fait l’acquisition d’un stade multifonction ?

Nice, malgré de bons résultats sportifs (6e de Ligue 1), est au coude à coude avec Bordeaux, tant sur le plan de l’affluence moyenne (19 122 spectateurs contre 21 183) que sur le plan du remplissage moyen (53 % contre 50 %). Le stade niçois voit son nombre de spectateurs dépasser régulièrement la capacité de son ancien stade, ce qui n’est pas le cas du club aquitain.

Le Lille OSC sort quant à lui d’une saison brillante sur le plan sportif (deuxième de Ligue 1) sans pour autant parvenir à remplir son stade (34 079 spectateurs de moyenne), avec « seulement » 70 % de remplissage.

L’Olympique lyonnais semble être l’équipe dont la ville exploite le mieux son arène : elle affiche une affluence (deuxième moyenne de France avec 49 079 spectateurs/match) systématiquement supérieure à la capacité de l’ancien stade et un taux de remplissage moyen de 83 % (quatrième de France).

Si Bordeaux montre des difficultés à exploiter pleinement cet outil métropolitain, elle n’a pas à rougir devant ses homologues nordiste et provençal.

En attendant des jours meilleurs pour les Girondins, force est de constater que le stade se fond lentement mais sûrement dans le paysage métropolitain. Le record d’affluence (42 071) a été battu en juin dernier lors des demi-finales du championnat de France de rugby. Plus de 40 000 spectateurs ont assisté aux concerts respectifs d’Ed Sheeran et Muse en mai et juillet 2019. Rassurez-vous ! Ce stade est armé pour offrir du grand spectacle, sur le terrain comme sur scène. Les Bordelais n’attendent que ça.


[1] |  Toutes compétitions confondues en 2018/2019.

[2] |  Ligue 1 uniquement en 2018/2019.

 

 

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