À environ 400 kilomètres de Bordeaux, Gijón, ville côtière des Asturies de près de 300 000 habitants, a mis en place depuis 1999 une carte pour le moins innovante, la carte citoyenne (tarjeta ciudadana). Elle s’obtient sur demande et identifie son détenteur par son sexe, son âge et son quartier de résidence. Semblable à une carte de transport ou de retrait, elle permet à son titulaire de bénéficier de la totalité des services et équipements municipaux.

Des usagers conquis

Si elle est avant tout utilisée pour les transports en commun, la carte citoyenne ouvre une infinité de possibilités : visiter une exposition, emprunter un livre à la bibliothèque ou un vélo en libre-service, se connecter à Internet dans un espace dédié, utiliser les toilettes publiques, faire un tour à l’aquarium, louer un terrain de tennis ou de football, nager une heure à la piscine, payer une place de stationnement… Toutes les activités qui font partie de la vie de tous les jours, ou presque. Il suffit de recharger la carte dans des bornes spécifiques (qui permettent aussi de réaliser des démarches administratives) et de la passer devant un lecteur pour accéder aux services et équipements.
Laura Gonzalez de la mairie de Gijón parle de la carte citoyenne comme d’un outil pour la « personnalisation des services publics ». En effet, les quelques informations qu’elle contient (notamment l’âge du propriétaire), permettent d’adapter les tarifs en offrant des réductions substantielles, voire la gratuité de certains services ou équipements pour certains utilisateurs.
Après 18 ans d’existence, il y a plus de cartes en circulation que d’habitants à Gijón. 323 000 cartes facilitent la vie des citoyens d’un territoire plus étendu, preuve que les communes voisines en profitent également. Un véritable succès populaire, avec des résultats tangibles : entre 2002 et 2015, la fréquentation des transports en commun, les pratiques sportives dans les enceintes municipales ou les visites dans les musées se sont notablement accrues. Simplicité d’utilisation et gain de temps sont les principales raisons invoquées. La carte citoyenne est aujourd’hui véritablement rentrée dans les mœurs.

Des bénéfices pour la collectivité et la démocratie

À chaque utilisation, la carte citoyenne envoie une information codée à la collectivité. Si l’immense quantité de données générées par les utilisateurs ne peut pas quotidiennement être traitée par la mairie, faute de moyens suffisants, elle lui permet cependant de réagir rapidement pour réguler l’affluence sur une ligne de transport, identifier les toilettes publiques plus ou moins utilisées, mesurer l’attractivité géographique d’une bibliothèque ou l’âge moyen des personnes utilisant les bornes en libre-service. Des moyens humains et technologiques accrus permettraient encore plus de réactivité. La ville y travaille.
Cette gestion souple, rapide et efficace rend visible l’action de la collectivité pour le citoyen. Elle rapproche la « chose publique » du quotidien des habitants et se traduit par une plus forte participation aux événements collectifs, notamment aux élections locales[1], renforçant ainsi la légitimité des élus. La carte citoyenne de Gijón est saluée comme une réelle avancée sociale et démocratique, à l’instar du programme européen Urbact qui a distingué Gijón pour son caractère innovant en termes de gouvernance.

Et les données dans tout ça ?

La question du stockage et de l’utilisation des données se pose évidemment pour ce genre d’innovations. C’est d’ailleurs une des principales critiques adressées aux villes « intelligentes » et connectées. Généralement, c’est le smartphone qui permet d’accéder aux services, rendant potentiellement disponibles un grand nombre d’informations susceptibles d’être réutilisées, voire revendues. L’anonymat des données à Gijón permet d’évacuer cette question. Et la carte citoyenne fait même des émules. Des métropoles d’Amérique du Sud s’y intéressent et des villes du nord de l’Espagne l’ont déjà adoptée : Ponferrada en Galice, Saragosse en Aragon ou encore San Sébastien au Pays basque. Il ne lui reste finalement que peu de chemin à parcourir pour atteindre la métropole bordelaise…


[1] | Le taux d’abstention aux élections municipales à Gijón est en baisse régulière depuis 2007, passant de plus de 40,3 % à 37,5 % en 2015 (avec un taux bas record de 33,8 % en 2011), soit un taux inférieur à la moyenne régionale.

 

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