Les anglophones américains, comme les Québécois, utilisent ce terme encore peu connu en France. Largement employé dans le vocabulaire de l’urbanisme en Amérique du Nord sous l’essor du mouvement des New Urbanists, il désigne l’espace de bord de rue, tant privé que public. La ligne de frontage, appelée alignement en France, est la limite d’une propriété privée qui la sépare du domaine public de voirie. De part et d’autre de cette ligne, se trouvent un frontage public (surface de voirie comprise entre le caniveau de la chaussée et la limite du trottoir côté riverain incluant trottoir, arbres, lampadaires, mobiliers urbains, bandes plantées) et un frontage privé (terrain privé situé entre la limite de propriété et la façade du bâtiment en retrait, comprenant les éléments de cette façade jusqu’à la hauteur du second étage, les entrées orientées vers la rue et les objets de type clôtures, perrons, vérandas).

Expérimentation en cours avenue Thiers à Bordeaux. © Benjamin Ribeau, Kubik.

En ce sens, la notion de frontage renvoie à une certaine épaisseur de la limite entre public et privé, entre plein et vide. C’est une forme d’entre-deux, de seuil, d’espace de transition, où les piétons circulent, se mêlent les uns aux autres, accèdent aux bâtiments, conversent. Stratégiques mais souvent oubliés, les frontages offrent pourtant une aire de jeu inépuisable pour celui qui s’y intéresse. Comment transformer ces interstices sous-utilisés en interface fertile entre riverains et passants ?
Tous les espaces peuvent être concernés : milieu urbain de centre-ville, tissus résidentiels de lotissements, secteurs de projet, voire dans des zones d’activités ! Alors que certains frontages sont vastes et permanents, d’autres sont beaucoup plus étroits et temporaires. Les formes spatiales, juridiques et sociales d’activation de frontage sont très diverses et s’adaptent ainsi aux contextes. Mais, dans tous les cas, elles relèvent d’une action simple (voire spontanée), participative (implication citoyenne) et expérimentale. En ce sens, les modes de mise en œuvre des frontages s’imprègnent souvent des initiatives de l’urbanisme tactique. Des exemples d’actions sur les frontages publics sont nombreux : les Parklets, les Better Streets Plan à San Francisco, les ruelles vertes de Montréal, les plantages à Lausanne, etc. Les initiatives privées sont peut-être moins médiatisées, mais tout aussi efficaces : plantes en pots, mobilier de jardin, jeux d’enfants, vélos attachés à une grille, potagers animent le pas des portes et enrichissent l’espace public, alors augmenté par ces usages.

Les impacts résultant de l’activation des frontages sont nombreux, autant sur le plan socio-spatial qu’économique. L’ambiance de la rue change. Les rez-de-chaussée s’animent. L’espace est réapproprié par ses usagers. Le quartier est apaisé. De nouveaux espaces où se rencontrer, se divertir, prendre un café, faire la fête ou entretenir son potager permettent de tisser du lien social. L’habitant devient alors acteur, producteur voire gestionnaire d’espace. Tant dans l’investissement que dans l’entretien, ces lieux sortent alors du champ d’intervention des services techniques des collectivités.

Ces phénomènes ne sont pas étrangers au territoire de Bordeaux Métropole. Les initiatives de trottoirs plantés, lancées d’abord par la ville de Bordeaux, puis élargies à la métropole, sont peut-être l’exemple le plus connu. La diversité des linéaires commerciaux inscrite dans le cadre du Plu 3.1, les recommandations pour plus de porosité entre espaces publics et espaces privés du Guide de conception des espaces publics métropolitains, les outils déployés pour favoriser l’apaisement des quartiers sont autant de démarches participant à l’animation des frontages bordelais. Cas d’application concrète : l’expérimentation en cours depuis l’été 2017 sur l’avenue Thiers a permis de déployer, le long d’une ligne bleue, une bande active (composée de terrasses, plantations, points Wi-Fi, bancs…), créatrice d’une vie urbaine réinventée. Et si la qualité de vie d’un quartier se mesurait tout simplement à l’aune de la vitalité de ses pieds d’immeubles ?

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