Voilà un sujet qui aurait pu alimenter la rubrique « Lexique » de la revue des Cahiers de la Métropole Bordelaise pour quelques années. Wikipédia nous dit : « Un Fab Lab (contraction de l’anglais fabrication laboratory, « laboratoire de fabrication ») est un tiers-lieu de type makerspace cadré par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et la FabFoundation, proposant un inventaire minimal permettant la création des principaux projets Fab Labs, un ensemble de logiciels et solutions libres et open-sources, les Fab Modules, et une charte de gouvernance, la Fab Charter[1]. » Et les liens hypertextes de Wikipédia de nous préciser, avec indulgence, que les makerspace sont eux-mêmes une évolution des hackerspaces. Certes…

Prototype de Fab City, quartier Poblenou, Barcelone.

Reprenons donc au commencement, avec les hackerspaces. Issus du monde de l’informatique, il s’agit de tiers-lieux réunissant des personnes motivées par un même centre d’intérêt et souhaitant partager des ressources et des savoirs. L’exemple le plus illustratif est celui de la conception de logiciels libres, qui illustre bien les fondamentaux de la « culture hacker[2] » : toute information est libre, absence d’autorité, jugement sur les compétences. Le makerspace, quant à lui, est une forme de spécialisation du hackerspace, liée à un objectif de production d’un bien, à partir de commandes numériques. Le makerspace met donc à disposition de ses membres des machines-outils, utilisées dans l’esprit « hacker » et du « Do It Yourself » (autofabrication).

C’est sur ces bases que s’est appuyé le MIT pour créer en 2001, le Fab Lab, sorte de labellisation du makerspace, imposant notamment la mise à disposition d’un inventaire minimal d’outils et de logiciels libres et permettant une valorisation, au sein d’un réseau mondial des Fab Labs, des savoirs acquis dans chaque Fab Lab. En France, le premier Fab Lab, dénommé Artilec, a été créé en 2009 à Toulouse. Il met à disposition du public diverses machines à commande numérique (découpes laser, imprimantes 3D, fraiseuses numériques…) pour des créations dans les champs du design, de l’électronique, de la biologie… et il propose des formations aux logiciels de conception et à l’utilisation de ces machines.

Et la ville dans tout ça ? C’est l’objet du concept suivant : la Fab City ! C’est le nouveau fer de lance de Neil Gershenfeld, fondateur des Fab Labs. L’idée est de démultiplier la création de Fab Labs dans la ville pour repenser radicalement la production et la consommation des biens par les citadins. La logique Fab Lab privilégie l’autofabrication d’un bien que l’on a conçu soi-même à celle de la consommation d’un bien produit ailleurs, parfois très loin. Dans cette perspective, toutes les ressources locales sont mises à contribution et l’économie circulaire joue naturellement un rôle clé, les déchets des uns étant pensés comme les ressources des autres, avec, à l’échelle mondiale, une potentielle redéfinition de la localisation de la production…

En Europe, c’est la ville de Barcelone qui s’est le plus investi dans ce sens. Après avoir créé son premier Fab Lab en 2005, à l’initiative de l’actuel architecte en chef de la ville, Vicente Guallart, la ville s’est fixée pour objectif, d’ici 2054, d’autoproduire ce qu’elle consomme. Rien que ça… C’est le quartier de Poblenou qui sert de test à cet objectif en favorisant l’implantation et la mise en réseau de Fab Labs dans tous les domaines (une collaboration avec Ikea est notamment en cours pour envisager des micro-usines numériques en centre-ville, où les citadins pourraient concevoir et fabriquer du mobilier sur-mesure). Sont également intégrés dans cette réflexion les restaurants favorisant la consommation de produits locaux.

Car, la Fab City, c’est un peu le principe du potager (en ville, on parlera désormais de fermes verticales[3]) appliqué à l’ensemble des biens de consommations, avec, à la clé, deux apports importants : la dimension collaborative (au sein de et entre chaque Fab Lab) et, à l’échelle individuelle, une dimension créative.


[1] | Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0
(http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr) Source : Article Fab Lab de Wikipédia en français (http://fr.wikipedia.org/wiki/Fab_lab).

[2] | Ce terme est souvent assimilé, à tort, avec les pirates informatiques (crackers), alors qu’il a, dans son acception d’origine, une portée beaucoup plus large.

[3] | Cf. CaMBo n° 6.

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