Dès les années 2000, Bordeaux attirait de nombreuses visites de professionnels de l’architecture et de l’urbanisme. Le millénaire y avait (presque) commencé avec l’exposition d’arc en rêve « Mutations », confiée à Rem Koolhaas et mise en scène par Jean Nouvel. La transformation en cours se jouait d’ailleurs non loin de l’entrepôt Lainé, sur les quais de la Garonne, en centre-ville, repensés par Michel Corajoud, mais aussi sur la rive droite et dans les communes de Bassens, Lormont, Cenon et Floirac, avec le GPV et la construction de trois lignes de tramway lancée simultanément. En septembre 2004, un numéro hors-série de la revue Urbanisme témoignait de la profondeur de cette transformation sous le titre « Bordeaux, une agglomération en mutations ». À la même époque, le centre-ville toulousain semblait figé. Il faudra attendre janvier 2008 pour que la municipalité (et Jean-Luc Moudenc déjà maire) expérimente une piétonisation provisoire de la grande artère haussmannienne, la rue Alsace-Lorraine.

Toulouse, rame de VAL 208 NG sur le viaduc des Argoulets. © Pierre Barthe

Oui mais, dès juin 1993, Toulouse avait inauguré sa première ligne de métro. Bordeaux en avait longtemps rêvé, avant de céder à la mode du tramway amenée de Strasbourg par Francis Cuillier (1944-2013), directeur de l’agence d’urbanisme bordelaise à partir de 1995 et futur Grand Prix de l’urbanisme (2006). Il est facile, en matière de politique urbaine, d’opposer Toulouse avec son métro VAL souterrain et automatique à Bordeaux avec son tramway de surface mais sans caténaire. D’autant que Toulouse récidive en programmant sa troisième ligne de métro, alors que Bordeaux confirme son penchant en faveur du tram avec l’extension de la ligne D et la création d’une première ligne transversale[1].

En attendant, en juillet prochain, Bordeaux sera à 2 h de TGV de Paris, alors que la liaison ferroviaire avec Toulouse nécessite toujours 2 h 06, voire 2 h 14 de temps de parcours.

Dans sa première « Lettre à mes futurs amis toulousains » écrite en 2011[2], Jean-Marc Offner espérait que le TGV rapprocherait les deux villes et leurs habitants. De toute évidence, le directeur de l’a-urba était un peu optimiste… Mais le récent Atlas de l’espace métropolitain de Bordeaux, publié par l’a-urba, apporte du grain à moudre à son raisonnement. Si l’on cherche bien au fil des pages et des tableaux, quelques chiffres sont révélateurs. Ainsi, entre 2003 et 2008, Toulouse est l’aire urbaine avec laquelle Bordeaux a le plus échangé d’habitants : plus de 9 600. Quant aux étudiants, 2 200 sont échangés entre les deux villes (avec un avantage de 400 pour la ville rose). Du point de vue économique, Toulouse reste le partenaire privilégié de Bordeaux avec 2 900 ETP (équivalent temps plein) toulousains dépendant d’un siège bordelais. Les transferts d’établissements s’établissent à une cinquantaine dans les deux sens (entre 2009 et 2011). Et tous les jours, plus de 1 000 actifs circulent entre Bordeaux et Toulouse. L’Atlas ne nous dit pas s’ils prennent le train ou leur voiture…


[1] | « Bordeaux : les nouveaux espaces de la mobilité métropolitaine », revue Urbanisme, hors-série n° 58, novembre 2016.

[2] | « Grand Toulouse : métropole en projets », revue Urbanisme hors-série n° 40, octobre 2011.

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