Éditorial du n° 5

Sérendipité... Le mot est à la mode, dans les milieux universitaires français depuis quelques années, dans les rues de New York depuis quelques décennies. Pédant ou poétique, le lecteur jugera, ce néologisme a en fait une longue histoire. Un écrivain anglais du XVIIIe siècle, Horace Walpole, forge le terme serendipity à la lecture d’une œuvre du poète persan Dehlavi, qui narre Les pérégrinations des trois fils de Serendip, au XIVe siècle.
Ce vocable désigne la capacité à tirer profit de situations inopinées, la faculté de faire des trouvailles par hasard. Il est donc question de découverte accidentelle mais aussi de sagacité, d’état d’esprit créatif, d’aptitude à exploiter l’inattendu. Surfer sur le web, parcourir les rayons d’une librairie, déambuler dans une brocante, constituent des activités à forte sérendipité : observation d’une donnée inhabituelle propice à l’imagination, rapprochement fortuit entre deux sujets. Cafés et machines à café sont également de hauts lieux de sérendipité, où s’hybrident les compétences pour de nouvelles aventures et inventions.
La sérendipité intéresse les urbanistes, car l’imprévu trouve son meilleur terreau dans la grande ville. Dès le début du XXe siècle, le sociologue allemand Georg Simmel étudiait les rapports entre « les grandes villes et la vie de l’esprit », parlant d’urbanité et de mutuelle étrangeté. Avec d’autres mots, d’autres penseurs de la ville expliquent que les métropoles favorisent mieux que tout autre agencement spatial l…

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