Éditorial du n° 8

Terrain vague… l’endroit n’a pas bonne presse. Dans le film éponyme de Marcel Carné, sorti en 1960, c’est le domaine des blousons noirs et des jeunes « désœuvrés » des habitations à loyer modéré. Forcément désœuvrés, puisqu’un terrain vague est inoccupé, ni construit ni cultivé. Qu’y faire ?
Rien et tout. Cela pourrait justement devenir la qualité première d’un terrain vague, accepter une diversité d’appropriations. « Vague » : mouvant, mal défini ; donc une ouverture à des pratiques multiples, par cohabitation simultanée ou par succession dans le temps, une adaptabilité et une réversibilité des aménagements.
Il y a bien des façons de fabriquer de la mixité d’usages. La « salle polyvalente » répond certes au cahier des charges. Mais la banalisation y devient banalité, la poésie des lieux s’y perd. L’espace multifonctionnel, quant à lui, additionne les demandes des usagers, évitant le monofonctionnalisme pour mieux s’enferrer dans une accumulation de conditionnements. Les exemples abondent : centres commerciaux voulant réinventer l’urbanité à coup de sofas et de fontaines, terrains de jeux multipliant les équipements sportifs. L’empilement des exigences réglementaires n’arrange pas le paysage.
Ne pas en faire trop ! L’ascétisme urbain n’est sans doute pas la vertu la plus répandue aujourd’hui chez les fabricants de villes. Pourtant, Peter Brook a su faire d’un bâtiment presque en ruine, les Bouffes du Nord à Paris, l’une des plus belles scènes de théâtre du monde. Le fameux…

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