Nous avons rencontré trois acteurs des fêtes bordelaises. Qu’ils soient institutionnels, professionnels ou citoyens, une même envie les anime : mettre la ville en fête ! Nous les avons choisis parce qu’ils illustrent la diversité des évènements et des festivités. Celle-ci s’exprime dans trois domaines : la relation à l’espace public, l’aire d’attraction et le modèle économique sous-jacent.

Avec Olivier Occelli, directeur de l’Office de Tourisme et des Congrès de Bordeaux Métropole nous avons évoqué la fête du vin. Hugo Blaise et Louise Lequertier, membres fondateurs du collectif l’Orangeade nous ont raconté l’aventure d’un groupe de copains qui aime faire la fête. Ferran Yusta Garcia, président de l’association Bast’ID, est quant à lui à l’origine des vendredis chez Calixte à la Bastide.

La fête du vin : ville et vignobles réunis autour d’une image commune

La fête du vin sur les quais de Bordeaux. © Guillaume Bonnaud.

Créée en 1998 sous l’égide d’Alain Juppé, la fête du vin s’est inscrite dans une politique de reconquête du fleuve avec le succès qu’on lui connait. Devenus emblématiques de Bordeaux, les quais de la Garonne transformés en véritables espaces publics, se sont imposés comme une composante essentielle à la fête du vin.

Ce grand moment a aussi été pensé pour fédérer la ville et les vignobles au service de la promotion des vins de Bordeaux. On aurait pu s’attendre à une aire d’attraction nationale, voire européenne. Or, 85 % des visiteurs sont néo-aquitains. Si l’aire d’influence reste locale, l’événement se vend à l’échelle mondiale. Les vignerons bordelais partent ainsi en tournée. On les retrouve à Québec, Liverpool, Bruxelles et Hong-Kong depuis cette année. La fête du vin bénéficie d’un modèle économiste robuste avec un portage financier de l’Office de Tourisme reposant sur une tripartition équilibrée entre des fonds publics, des financements privés par des grandes entreprises et les recettes de la billetterie. Le pilotage est quant à lui assuré par le binôme Office du Tourisme et CIVB (Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux). Ce fonctionnement permet de garantir la pérennité de l’événement. La parenthèse imposée par la crise sanitaire a été l’occasion de repenser le format. Devenue annuelle, la fête du vin entraîne dans son sillage les communes alentour (dont Pessac, Lormont, Bègles et Gradignan) et ce, dès le week-end qui la précède, avec l’organisation de concerts et de dégustations dans les parcs, chez les restaurateurs et les cavistes dans le cadre d’avant-premières.

D’un appartement aux espaces publics : la trajectoire de l’Orangeade

© Orangeade.

L’Orangeade a été créé en 2013 par un groupe d’amis qui partageait une passion commune pour la musique. Ce collectif a débuté par des soirées en intérieur, pour progressivement s’orienter vers des bars associatifs (L’Heretic, le Booboo’zzz, le Bootleg…). La disparition progressive de ces lieux alternatifs a incité l’Orangeade à faire évoluer son modèle. Le collectif a alors développé une programmation en extérieur. L’aventure commence avec une « classe verte » lors de l’Été Métropolitain 2013 (initiative de Bordeaux Métropole qui chaque été programme des évènements culturels en plein air). Aujourd’hui, l’Orangeade propose deux festivals par an. L’un en hiver sous un chapiteau et l’autre en été Quai Deschamps sur la rive droite de la ville. Ces évènements sont pensés pour que les participants vivent une expérience humaine et artistique. La scénographie de l’espace public y est fondamentale. Même si le format « Open Air » est la marque de fabrique de l’association, une offre complémentaire en intérieur sécuriserait son activité. Le public est certes au rendez-vous de ces festivals à la programmation musicale pointue qui plus est gratuits, mais un certain nombre de contraintes viennent fragiliser le modèle. Le financement de ces événements reposant en grande partie sur la vente de boissons, les aléas météorologiques sont un vrai risque. De plus, la cohabitation entre riverains et fêtards est une réelle préoccupation. Il faut rappeler que la localisation sur le Quai Deschamps ne s’est pas faite au hasard. À l’époque des premières éditions, le projet urbain porté par Bordeaux Euratlantique n’avait pas encore commencé. Le festival contribuait ainsi à animer un espace délaissé, là où aujourd’hui le peuplement du quartier rend les choses plus difficiles. L’association développe des outils de médiation pour améliorer l’acceptabilité de ses évènements. En amont de la soirée, les habitants sont prévenus par affichage et des actions de sensibilisation sont menées en concertation avec les centres d’animation. En outre, si le public de l’Orangeade est en grande partie bordelais, l’aire métropolitaine apparait comme un nouveau terrain de jeu potentiel. Finalement, le cas de ces « Open Air » illustre le lien paradoxal entre la ville et la fête. Entre nuisances et partage, entre spontanéité et récurrence, l’équilibre est subtil et souvent fragile.

Bast-ID : un collectif de riverains pour dynamiser leur quartier

© Ferran Yusta, Asso_Bast-ID.

Lancée en 2014, l’association Bast-ID est née de la volonté d’un groupe d’amis de contribuer à la qualité de vie urbaine et sociale du quartier de la Bastide. La trentaine de bénévoles, issus d’univers professionnels variés, partagent une vision commune privilégiant l’apaisement de la circulation, l’appropriation et l’animation des espaces publics par les riverains. À cette époque, le Pont de pierre est encore ouvert aux voitures et la place Calixte Camelle prend la forme d’un rond-point. Pour changer les choses, Bast-ID crée « les vendredis de Calixte » sur cette place où se retrouvent petits et grands, habitants et commerçants, dans ce rassemblement festif pour échanger, s’amuser, danser autour d’un food truck, d’une buvette et de musiciens. Cet événement hebdomadaire qui s’étale de mai à septembre de 18 h à 23 h génère de la cohésion sociale entre les résidents du quartier historique, de la cité de la Benauge ou des nouveaux ensembles immobiliers. L’adhésion se constate également par la tolérance des riverains qui ne manifestent aucun mécontentement. Le bénévolat et la vente de boissons sont les piliers du modèle économique. Depuis peu, la mairie de Bordeaux verse une subvention à l’association et met à disposition du mobilier. Ce rendez-vous s’est exporté depuis au-delà de la place Calixte Camelle en investissant d’autres espaces, par exemple sous le pont Joliot-Curie ou à la Benauge (parc Pinçon ou rue Alexander-Fleming). Les « vendredis de Calixte » ont aujourd’hui presque 10 ans ! Certains enfants du quartier ont toujours connu la place ainsi. Leurs souvenirs seront certainement un marqueur fort de l’identité de ce quartier. Pour Bast-ID, le réaménagement de la place, qui va débuter, devra tenir compte de ce patrimoine socio-spatial.

 

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