La Mémoire de Bordeaux Métropole
L’histoire en images et en mouvement
Rassembler les documents et les témoignages des grandes évolutions qu’a connues l’agglomération bordelaise depuis la Seconde Guerre mondiale. Créer un vivier directement utile à celles et ceux qui auront un jour à écrire et à illustrer la grande comme la petite histoire locale. C’est dans ce but qu’a été créée en 1987, sous l’impulsion de Jacques Chaban-Delmas, l’association La Mémoire de Bordeaux, de la communauté urbaine et de ses communes, devenue en 2015 La Mémoire de Bordeaux Métropole.
L’association s’appuie sur un réseau foisonnant de membres actifs issus de milieux aussi divers que la musique, la chimie, le monde judiciaire ou encore le sport de haut niveau pour ne citer que ceux-là. Elle se caractérise par l’importance donnée à l’image, fixe ou animée. Outre la collecte auprès de particuliers, d’entreprises ou d’associations, une cellule audiovisuelle tourne les interviews de grands témoins et capte les évolutions en cours dans la métropole. La Mémoire de Bordeaux dispose ainsi de fonds audiovisuels, sonores, iconographiques et aussi écrits très riches à disposition des chercheurs en histoire, de documentaristes, de chaînes télévisées, d’éditeurs ou encore de simples curieux.

© La Mémoire de Bordeaux Métropole –
illustration : Jacques Le Tanneur – collection Francis Baudy –
maquette : Roger Peuron.
Parmi les pépites de La Mémoire, la numérisation des fonds de familles de photographes professionnels : le fonds Bytchkowsky (1930-1980) spécialisé dans la prise de vue des navires commerciaux et militaires qui ont transité par le port de Bordeaux ; le fonds Puytorac (portraits officiels, événements mondains publics ou privés) ; le fonds Olivar (vues aériennes). Mais également les fonds des journaux La Petite Gironde et de Sud Ouest. À cela s’ajoutent des fonds professionnels (sociétés Esso, CIVB mais aussi copies de films appartenant au Grand Port maritime de Bordeaux), des fonds cinématographiques (Émile Couzinet et certains films de Max Linder) et de nombreux films amateurs des années 1930 aux années 1960.
Outre ce travail de l’ombre que constitue cette collecte, La Mémoire de Bordeaux Métropole se fait un devoir de mettre en lumière ses richesses grâce à l’organisation de cycles annuels de conférences et projections. Des programmations éclectiques permettent à l’association de valoriser ses fonds, de rendre compte des travaux de ses bénévoles et partenaires ou tout simplement d’évoquer des aspects méconnus de l’histoire locale.
En plus d’Empreintes, périodique édité par La Mémoire depuis 1988, l’association a créé des collections de monographies, Documents et Les Cahiers de La Mémoire, qui présentent des études plus approfondies issues des travaux des commissions qui composent l’association. Elle produit aussi des documents audiovisuels dans la collection Les Images de La Mémoire. Un film de 1h18, Bordeaux, des quartiers pour mémoire 1920-2000 est ainsi sorti en 2000 et a été réédité sous forme de DVD en 2015. Enfin, La Mémoire s’associe régulièrement à des éditeurs bordelais. C’est de cette manière que l’ouvrage L’Automobile à Bordeaux 1945-2000 écrit par Frederick Llorens, avec l’appui de la commission Automobile qu’il préside, est paru dernièrement aux éditions confluences.
« Tout seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin. » Faisant sien ce proverbe, La Mémoire de Bordeaux Métropole a officiellement constitué en 2018, à l’initiative de la Cinémathèque de Nouvelle-Aquitaine (Limoges), et avec le FAR (Fonds Audiovisuel de Recherche) de La Rochelle et de Trafic Image (Angoulême), un réseau nommé Mémoire filmique de Nouvelle-Aquitaine.
Quels sont les principaux utilisateurs de La Mémoire de Bordeaux ? Les chercheurs ont-ils le réflexe de recourir à vos services ? Ne se tournent-ils pas plus spontanément vers les différents services classiques d’archivage ?
La Mémoire de Bordeaux Métropole est sollicitée par des chercheurs en histoire, étudiants ou non, et par ses adhérents bien entendu, mais aussi par des particuliers à la recherche d’information à titre personnel, par des associations souvent en recherche d’information sur le quartier dans lequel elles sont implantées ou qui souhaitent proposer une animation en lien avec l’histoire locale à leur adhérents/bénéficiaires, par des documentaristes, des journalistes, des chaînes de télévision, des sociétés de production souhaitant alimenter leur réalisation avec des images d’archives fixes ou animées, par des auteurs ou des éditeurs à la recherche d’images fixes pour illustrer leurs ouvrages, par des collectivités territoriales, des EPCI, des entreprises privées qui travaillent sur leur patrimoine, par des enseignants à la recherche de supports de travail pour leurs élèves… Les demandes peuvent être variées et venir d’horizons très divers mais les principaux types de demandeurs sont ceux-là.
Les chercheurs notamment en histoire, qui n’ont encore jamais travaillé avec La Mémoire, ont effectivement plus facilement le réflexe de se tourner vers les services d’archives classiques. Cependant, les Archives de Bordeaux Métropole, qui hébergent l’association, savent les orienter vers La Mémoire lorsque leurs recherches peuvent y être complétées. La spécificité des fonds de La Mémoire est l’image, et notamment l’image animée qui est véritablement sa valeur ajoutée. Lorsque les chercheurs, en histoire ou non, ont besoin de ce type de fonds, s’ils ne connaissent pas encore l’association, ils seront à un moment ou à un autre orientés vers elle car c’est probablement pour ses archives audiovisuelles qu’elle est le mieux connue. Qui plus est, la création du réseau Mémoire filmique de Nouvelle-Aquitaine a sensiblement accru la visibilité des fonds de La Mémoire au niveau régional, voire national, les partenaires jouant le rôle de relais.
Qu’est-ce qui dans l’ensemble des ressources proposées par La Mémoire de Bordeaux vous paraît sous-utilisé ?
La Mémoire de Bordeaux Métropole a tourné depuis sa création officielle en 1987, et même en amont de celle-ci, de nombreuses interviews à caractère patrimonial. Par manque de temps, par manque de moyens humains et financiers, la valorisation et l’exploitation de ces documents ne sont certainement pas à la hauteur de leur richesse. La commission Sports et Loisirs notamment a reçu de nombreux sportifs de haut niveau, certains internationalement reconnus. La commission Mémoire religieuse a interviewé des personnalités religieuses influentes, la commission Mémoire médicale des professionnels de grande renommée dans leur milieu. Ces interviews ont ceci de précieux qu’elles sont réalisées à travers le prisme de l’histoire locale et pas dans une démarche de communication mais simplement pour garder le témoignage de ce que ces personnes ont apporté à notre métropole bordelaise et de ce que la métropole bordelaise leur a apporté.
Même s’il est sans doute difficile de faire un choix, quels sont pour vous les « trésors » de La Mémoire de Bordeaux auxquels vous êtes particulièrement attachée ?
Outre ces interviews qui sont certainement les documents auxquels je suis, personnellement, le plus attachée, si je devais choisir un document « trésor » dans les fonds audiovisuels, peut-être choisirais-je le film amateur de l’entreprise Bardinet réalisé en 1938 lors d’un voyage en train de Bordeaux à Royan. Dans les fonds iconographiques, peut-être m’arrêterais-je sur l’une des plaques de verre du fonds Bytchkowsky que La Mémoire vient d’acquérir, non pas sur une vue de la ville ou du port, mais plutôt sur l’un des portraits de ces Africains qui débarquaient à Bordeaux et qui, bien que peu visibles dans les archives, faisaient pourtant partie intégrante de la vie de la cité maritime.