L’artificialisation du littoral méditerranéen
À travers le cas d’Alger
Le littoral algérien s’étend sur un linéaire de 1 640 kilomètres et abrite environ 160 agglomérations urbaines dont trois des quatre grandes métropoles prônées par le Schéma National d’Aménagement du Territoire. Il constitue le noyau central de l’économie et des affaires. C’est aussi un écosystème fragile et constamment menacé de dégradation en raison de la concentration de la population, des activités et des infrastructures.

Le littoral algérien, un écosystème fragilisé par concentrations excessives
En termes d’occupation spatiale, le littoral abrite les 2/3 de la population algérienne alors qu’il ne représente que 4 % de l’ensemble du territoire[1]. Un milieu naturel favorable (agriculture, forêt, prairie, littoraux sableux), l’attrait touristique naturel et la concentration des activités industrielles dans le nord du pays (plus de 5 000 unités industrielles y sont implantées, soit 51 % du parc national) ont conduit à une urbanisation excessive et à une occupation dense.
L’urbanisation et le développement de ces activités économiques se sont accélérés ces dernières décennies avec le lancement de nouveaux programmes de développement sectoriel : Zones d’Expansion Touristique (ZET), ports de pêche et de commerce, fermes aquacoles, Zones Industrielles (ZI), usines de dessalement d’eau de mer et grands programmes de logements. Le trafic maritime et les activités portuaires sont intenses. L’ensemble de ces activités a eu des impacts négatifs sur le milieu naturel qui se manifestent par une dynamique littorale perturbée, une biodiversité en phase de régression et un paysage de plus en plus artificialisé.
Les rejets liquides ou solides qui émanent des activités urbaines et industrielles génèrent de grandes quantités de polluants chimiques et organiques déversées en mer, sans aucun traitement ou épuration. Les cours d’eaux venant des régions internes du pays véhiculent pour leur part des charges polluantes d’origine agricole et les déversent dans la mer. Le littoral est également le réceptacle de rejets des navires pétroliers qui accostent dans les ports algériens ou de ceux qui passent le long des côtes. Les opérations de déballastage affectent ainsi les réserves halieutiques de nombreuses zones côtières connues pour accueillir pontes et habitats naturels marins.
Sur le plan physique, la région connaît une diversité d’aléas naturels. L’érosion côtière renforce la fragilisation du littoral algérois. Outre l’érosion provoquée par la hausse relative du niveau de la mer (environ 0,20 m en 100 ans), les ensembles dunaires (dunes bordières) sont menacés, les plages dégraissées et les zones humides adjacentes voient leur rôle modifié. À cause de l’érosion, l’eau de mer salinise par ailleurs sols et nappes phréatiques déjà appauvris dans les villes côtières de plus en plus sensibles aux modifications climatiques et aux déficits en alimentation en eau potable.
La zone est par ailleurs caractérisée par une activité sismique élevée, un risque de tsunami latent et des pluies torrentielles qui provoquent des catastrophes, notamment dans les zones à urbanisation informelle sur les bassins versants : inondations à Bab El Oued-Alger en 2001 provoquant 783 victimes, séisme de Boumerdès (30 km à l’ouest) en 2003, etc. De nombreuses structures de protection ont alors été construites sous forme de murs de soutènement, de brise-lames, de digues, etc.
En raison de la présence de ces aléas, combinés à d’autres facteurs anthropiques, comme l’étalement urbain, la pollution, la perte de biodiversité et de valeurs économiques, cette zone côtière est devenue une des plus vulnérables dans le pays[2]. Face à cette situation, les politiques publiques peinent à apporter des solutions. Malgré la mise en place de tout un arsenal juridique avec des institutions dédiées à la préservation de ce territoire sensible, il demeure toujours menacé.
Pourtant la cohabitation des usages constitue un défi majeur pour le devenir de ces territoires, doublé d’un enjeu de développement durable qui implique une préservation des espaces et des richesses naturels. Pour ce faire, l’identification des principales zones de conflit d’usages ainsi que l’harmonisation des différentes activités et leur complémentarité sont nécessaires.
Des outils d’observation pour protéger le littoral
Le littoral est un milieu qui évolue. Les aménagements ont pour conséquence de vouloir le fixer dans un linéaire irréversible, alors que les changements naturels tendent à le faire bouger sans cesse. La mise en œuvre d’une telle politique doit avant tout s’appuyer sur des outils d’observation et d’évaluation du milieu[3].
Des chercheurs du Centre des Techniques Spatiales algérien ont accompli un travail d’observations quantitatives et morphologiques sur les formes d’urbanisation de la baie d’Alger. Grâce à des méthodes de télédétection et de modélisation et à partir des cartes d’occupation du sol, ils ont établi une synthèse de la trajectoire de l’expansion urbaine entre 1985 et 2015, permettant ainsi d’identifier les zones de transgression de la législation et des outils en matière d’urbanisme, ainsi que les éventuels conflits de gouvernance.
L’apport des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) pourrait aider à fédérer les actions pour une meilleure compréhension du système littoral. L’objectif serait de préconiser des modèles de gestion intégrée des zones côtières et de prévention des risques majeurs appropriés et contextualisés pour un développement plus durable de cette partie du territoire.
[1] | Rapport d’évaluation du SNAT 2030, MICLAT, décembre 2022.
[2] | Programme des Nations-Unies pour l’environnement/plan d’actions pour la Méditerrannée, 2009. Étude sur la vulnérabilité et l’adaptation de la wilaya d’Alger au changement climatique et aux risques naturels, Egis Eau, IAU-Idf, BRGM, 2013.
[3] | La loi de protection et de valorisation du littoral en Algérie : un cadre juridique ambitieux toujours en attente. Le cas du pôle industriel d’Arzew (0ran – Algérie) Malika Kacemi (université des Sciences et de la Technologie d’Oran).