Rivales ou complices ? Première ou deuxième ? Aux destinées croisées ou sur des routes parallèles ? Aux portefeuilles d’activités additionnels ou doublonnés ? Les approches « grand public » ont souvent tendance à opposer les deux villes (maintenant les deux métropoles), à les challenger, à les enfermer dans un rapport de force où il y aurait, d’un côté, une gagnante, de l’autre, une perdante.

La réalité économique d’aujourd’hui, comme celle du passé, est bien plus nuancée que cela. Elle s’éloigne même irrémédiablement de ce schéma bipolaire, simple, pour ne pas dire simpliste, du fort et du faible. Les relations entre Toulouse et Bordeaux s’inscrivent dans des dynamiques plus complexes où les avantages concurrentiels de l’une nourrissent ceux de l’autre. Il y a bien sûr une mise en concurrence « exclusive» qui se traduit par des « gains » dans l’une au détriment de l’autre. Ainsi, une entreprise étrangère qui s’implante peut faire le choix de Bordeaux plutôt que Toulouse, et inversement. Un congrès scientifique ou économique, de dimension internationale, peut se tenir à Toulouse plutôt qu’à Bordeaux, et réciproquement. Mais ce rapport « gagné/perdu », que l’on peut juger en négatif, est finalement assez marginal. Ce sont des liens de « coopétition[1] » qui se jouent entre les deux métropoles, c’est-à-dire des relations à la fois de coopération et de concurrence.

Les pôles de compétitivité en Occitanie. © aua/T

Pour rendre compte des échanges économiques qui se nouent entre elles, la statistique publique nous offre encore peu d’opportunités (même à l’heure du big data !). Pour un économiste, les « bonnes » données à traiter seraient contenues dans les carnets de commandes des entreprises, dans le répertoire d’adresses des dirigeants, dans les accords commerciaux passés entre établissements… Il s’agirait de pouvoir accéder au cœur stratégique de l’entreprise qui, par nécessité, lui est réservé.

Loin d’être démunis, nous disposons tout de même de nombreuses données pour lesquelles nous privilégions des analyses comparatives. Éclairer les relations économiques entre Toulouse et Bordeaux revient ainsi à les confronter à celles qu’elles entretiennent avec Montpellier, Lyon, Marseille, Pau et d’autres. Une collaboration récente entre l’Insee Occitanie et l’aua/T[2] montre, en ce sens, des « affinités historiques » fortes entre l’aire urbaine de Toulouse et celle de Bordeaux. Notamment pour les transferts d’entreprises, dont les flux observés entre les deux aires (entre 2009 et 2011) figurent parmi les plus importants : 134 au total. Les liens entre établissements principaux (EP) et établissements secondaires (ES) témoignent de mêmes relations préférentielles entre Toulouse et Bordeaux : 446 ES de Bordeaux ont leur EP à Toulouse et 375 dans le sens inverse. Comparativement, les liens entre Toulouse et Montpellier s’établissent à 275 dans un sens et à 176 dans l’autre. L’inscription territoriale des pôles de compétitivité est une autre illustration des coopérations entre Toulouse et Bordeaux. Les trois pôles de compétitivité domiciliés à Toulouse sont, pour deux d’entre eux, résolument tournés vers Bordeaux.

La démonstration pourrait être approfondie, mais de toute évidence les relations économiques en amont et en aval de la Garonne tracent un sillon préférentiel, dont les vocations anciennes s’écrivent toujours au présent, et certainement au futur.


[1] | En référence aux politiques de marketing et de management.

[2] | « Aires urbaines en Occitanie : deux grands réseaux adossés », Insee Dossier Occitanie, n° 3, Perspectives Villes, aua/T, février 2017.

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