Avec 9,1 millions de personnes au-dessous du seuil de pauvreté monétaire, la situation nationale se détériore[1]. Ce sont plus de 28 000 personnes supplémentaires par rapport à l’année précédente qui ont basculé dans la pauvreté. Cette tendance se reflète également dans l’agglomération bordelaise. En dessous de la barre des 100 000 en 2014, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté s’élève à 112 000 en 2021, soit une personne sur sept. Ainsi, entre 2014 et 2021, ce nombre a progressé de 15 % dans l’agglomération, alors que sur la même période, la population globale a augmenté de 9 %.

La pauvreté est un concept complexe, renvoyant à de multiples dimensions économiques, sociales voire anthropologiques et politiques. Les ressources qui peuvent manquer pour mener une vie décente peuvent être alimentaires, énergétiques, etc., mais aussi s’appréhender en termes d’éducation, de santé psychique, de degré de socialisation, etc. En France, l’INSEE adopte des définitions essentiellement économiques. La pauvreté monétaire, l’indicateur souvent retenu et diffusé, s’apprécie en fonction du revenu disponible. Le seuil de pauvreté le plus couramment utilisé étant celui fixé à 60 % du niveau de vie médian. En 2021, ce seuil correspond à une personne qui vit avec moins de 1 158 € par mois, à 1 737 € pour un couple sans enfant et à 2 432 € pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans (on parle ici de revenus réellement disponibles pour consommer et épargner). Les seuils de 50 % et 40 % du niveau de vie médian permettent d’identifier les populations touchées par une pauvreté sévère. Aussi en 2021, plus de 68 374 personnes vivent dans l’agglomération bordelaise avec moins de 965 € par mois (seuil de 50 %), représentant une hausse de 17 % en sept ans, plus marquée par conséquent que l’augmentation associée au seuil de 60 %. Les inégalités se creusent donc, avec une croissance plus forte de la population la plus vulnérable.

Qui est cette population en situation de pauvreté ? Si la pauvreté se décline en différentes catégories, allant des très pauvres aux moins pauvres, on relève cependant certaines constantes. Le taux de pauvreté décroît avec l’âge. La part des pauvres chez les moins de 30 ans est plus élevée que celle des trentenaires, ceux-ci présentant, à leur tour, des taux plus forts que les quadragénaires, etc. En ce qui concerne la taille des ménages, les plus forts taux de pauvreté se situent aux extrémités à savoir une surreprésentation des personnes pauvres dans les grands ménages (ménages de 5 personnes ou plus) et au sein des ménages d’une personne. Enfin, les familles monoparentales sont fortement touchées. Dans l’agglomération bordelaise, plus d’un quart des personnes vivant dans des familles monoparentales vivent sous le seuil de pauvreté.

En outre, ce recensement repose sur une base fiscale. Il se limite à l’ensemble des ménages fiscaux ordinaires, écartant de fait les personnes vivant en institution (prisons, foyers, maisons de retraite). Les individus sans domicile, pourtant directement concernés par cette problématique, sont également exclus de ces statistiques.

Les personnes sous le seuil de pauvreté présentent donc un profil assez hétérogène. Comme on peut s’y attendre, elles résident dans des secteurs spécifiques de la métropole. Les communes de Lormont, Cenon et Floirac affichent les taux de pauvreté les plus élevés. Néanmoins, c’est dans la commune de Bordeaux que l’on dénombre le plus grand nombre de personnes pauvres, avec plus de 38 500 individus concernés.

Les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) affichent souvent un taux de pauvreté supérieur à 40 %. Avec des différences notables toutefois. Le quartier bordelais Le Lac se démarque avec la proportion la plus élevée : plus de la moitié de ses habitants vit sous le seuil de pauvreté (51 %). En revanche, le quartier de Lormont Alpilles-Vincennes-Bois Fleuri affiche la part la plus faible parmi les QPV (32 %), même si ce chiffre reste plus de deux fois supérieur à celui de l’ensemble de la métropole bordelaise (14,4 %).


[1] |https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/07/11/la-pauvrete-et-les-inegalites-se-stabilisent-a-leurs-plus-hauts-niveaux-des-dix-dernieres-annees_6248852_3224.html
https://www.vie-publique.fr/en-bref/291882-91-millions-de-personnes-sous-le-seuil-de-pauvrete-en-2021

 

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