Comme toutes les grandes métropoles, Bordeaux connaît une congestion importante, notamment aux heures de pointe. Les conditions de circulation génèrent un allongement des temps de parcours de 30 % tous sens de circulation confondus : 35 %[1] le matin vers Bordeaux et 29 % le soir dans l’autre sens. Après une hausse de 2017 à 2019, la pandémie n’a été qu’une courte parenthèse dans la congestion de la métropole bordelaise. En 2021, les temps de parcours ont rapidement retrouvé leur niveau de 2019, notamment sur le deuxième semestre. Certains trajets, comme ceux nécessitant le franchissement de la Garonne ou ceux empruntant l’A62 nécessitent des temps de trajets allongés de plus de 45 % par rapport au temps moyen en période fluide (mesuré à 3 h du matin).
Pour les automobilistes, ces engorgements génèrent une exaspération, dont la presse locale se fait largement l’écho. Elle est tout d’abord liée au phénomène de congestion en lui-même. Être à l’arrêt dans une voiture est souvent ressenti comme une situation anormale relevant d’un dysfonctionnement. Même si le trafic est systématiquement ralenti à l’heure considérée, l’automobiliste peut « fantasmer » sur le temps qu’il mettrait en situation fluide. Ce temps de trajet « à vide », même s’il n’est atteint qu’en heure creuse ou le week-end, est souvent le temps sur lequel se calent les choix résidentiels. Le temps supplémentaire passé dans les embouteillages est alors perçu comme un temps « en trop », alors même qu’il peut s’agir d’un temps habituel. Sa répétition quotidienne ne suffit pas à faire accepter sa normalité.
Le sentiment d’exaspération est également alimenté par des événements exceptionnels comme les journées de grève dans les transports collectifs ou des phénomènes météorologiques « extraordinaires ». Ils entraînent souvent de nombreuses difficultés dans l’organisation quotidienne : arrivée en retard sur son lieu de travail le matin ou après la fermeture de l’école le soir. L’incertitude sur l’heure d’arrivée est parfois plus problématique que le temps de trajet en lui-même. Or, dans l’agglomération bordelaise, si le temps moyen s’est finalement peu dégradé au cours des cinq dernières années, la variabilité des temps de parcours augmente. En 2021, bien que la situation sanitaire se soit stabilisée, les temps de trajet ont gardé un niveau d’irrégularité important. Cette imprévisibilité génère naturellement beaucoup de désagréments et oblige les automobilistes à développer des stratégies d’adaptation, comme un décalage des horaires de travail ou la pratique du télétravail.
Néanmoins, en dehors de la métropole, la voiture reste toujours, et parfois de très loin, le mode le plus rapide pour se rendre à Bordeaux. Les temps de trajets, malgré la congestion, sont presque toujours inférieurs aux temps proposés par les transports en commun lorsqu’ils existent. Même les transports jugés rapides, comme le TER, génèrent des temps de parcours plus longs dès qu’une correspondance est nécessaire. Cette différence interroge sur les alternatives à la voiture. Même en situation congestionnée, le réseau routier existant permet aux automobilistes d’atteindre, pour les trajets de moyenne et longue distance, des vitesses difficilement approchables par d’autres modes. La congestion, aussi insupportable soit-elle, n’est donc peut-être pas suffisante pour permettre un véritable report modal.
À l’inverse, sur les courtes distances, plus précisément entre les communes limitrophes de Bordeaux et le centre, les vitesses réelles pratiquées en voiture, c’est-à-dire le temps de parcours total rapporté à la distance parcourue, varient entre 14 km/h et 18 km/h. Ces vitesses sont très proches de celles pouvant être pratiquées à vélo. Sur ce secteur, le vélo est donc, en théorie, tout à fait concurrentiel face à l’automobile.
Le choix modal ne se fait donc pas uniquement sur la base du temps de parcours ou alors en s’appuyant sur une vitesse automobile largement fantasmée.
[1] | La circulation entre Bordeaux et son agglomération – a »urba 2022