Depuis son apparition outre-Atlantique, dans les années 1960, dans des cercles écologistes (notamment deep ecology ou environnementalisme radical), le terme de « biorégion » a été abondamment travaillé, discuté, et le biorégionalisme a évolué en différents courants idéologiques. En Europe et notamment en Italie, les chercheurs de l’école territorialiste mobilisent depuis vingt ans le concept de « biorégion urbaine » pour construire une pensée du projet local qui concilie développement territorial et mise en valeur du patrimoine naturel et des paysages. Posant l’auto-soutenabilité des territoires comme la condition de leur futur, ils fondent leurs propositions sur l’identification de leur patrimoine territorial appréhendé dans le temps long de l’Histoire. À Bordeaux, sous la responsabilité scientifique d’Agnès Berland-Berthon et en partenariat avec plusieurs institutions locales et régionales, des chercheurs de l’UMR Passages explorent l’apport de cette approche culturaliste à l’urbanisme dans le cadre du programme de recherche « Biorégion ».

Une recherche en urbanisme  et planification

Inscrite dans la perspective des lois Grenelle, cette recherche souhaite apporter à la région Nouvelle-Aquitaine sa contribution au défi d’un ancrage territorial durable de sa politique environnementale. Les chercheurs font en premier lieu un constat : celui d’une approche dissociée entre planification écologique (Schéma régional de cohérence écologique) et développement (Schéma régional d’aménagement et de développement durable). Ils partent du postulat que pour concilier ces démarches et permettre leur efficacité environnementale, la condition est que les acteurs territoriaux s’en saisissent pour développer leur propre projet. Les chercheurs se tournent alors vers les universitaires de l’école territorialiste qui, à la suite d’Alberto Magnaghi, ont développé une approche théorique et spatialisée du « projet local » qu’ils se proposent d’expérimenter.

Les territorialistes italiens

Fortement nourri de culture ruraliste, le récit territorialiste développe une position critique à l’égard du traitement technique et sectoriel du développement des établissements humains dans l’espace. À ce modèle, qualifié de « topophage » (qui dévore les lieux), ils opposent celui de « biorégion urbaine » censé accompagner les territoires, fragilisés par une métropolisation subie, vers un développement autosoutenable qui valorise leurs spécificités culturelles. À partir d’expérimentations conduites dans les Pouilles et en Toscane, qui mobilisent les ressources de la planification paysagère, ils élaborent des projets ayant pour objectif de réduire la consommation du sol agricole et naturel. Proposant une vision idéalisée du territoire et souhaitant faire modèle, leur démarche est qualifiée d’« utopie concrète » par Françoise Choay.

Expérimentations locales

Le programme Biorégion a permis la mise en place d’une série d’échanges entre chercheurs, praticiens et étudiants florentins et bordelais. Dans ce cadre, plusieurs expérimentations ont été conduites avec les institutions partenaires. Les chercheurs bordelais ont laissé chacune d’elles poser les enjeux sur lesquels elles souhaitaient réfléchir (InterSCoT et polycentrisme en Gironde ; morphologie urbaine et rapport au site dans les Landes de Gascogne ; projet de Parc naturel régional (PNR) Médoc ; ceinture de projets agroforestiers pour la mise en œuvre du SCoT). Pour A. Berland-Berthon, un fait marquant de cette démarche a été la manière spécifique dont chaque partenaire s’est saisi des concepts de la pensée territorialiste et a interprété leur méthodologie de projet.

Les apports d’un projet  local spatialisé

Au plan théorique, le programme de recherche a permis de confirmer l’apport du projet spatial au décloisonnement des savoirs et des logiques sectorielles portés par les différents acteurs. Conçu comme un support à la fois informé et interprété, le projet n’est plus le produit d’une expertise savante, mais le prétexte d’une démarche collective d’élaboration d’un « projet de lieux ». C’est ici sans doute que s’établit l’écart avec l’approche territorialiste du projet local, pour laquelle le projet souhaitable doit faire modèle.

Carte élaborée en 2016 dans le cadre de la mise en oeuvre du SCoT. J. Hébert, M. Lega, F. Meissonier (Bordeaux) et L. Giunta (Florence).

Pour aller plus loin

  • A. Berland-Berthon, « Pour une globalisation par le bas », EcologiK, n° 24, 2011.
  • E. Bonneau, L’Urbanisme paysager : une pédagogie
    de projet territorial
    , thèse soutenue à l’université Bordeaux-Montaigne, 2016.
  • A. Magnaghi, traduit de l’italien par E. Bonneau,
    La Biorégion urbaine, petit traité sur le territoire bien commun, Eterotopia, 2014, 174 p.

BIORÉGION

Projet de recherche dirigé par Agnès Berland-Berthon, professeur en aménagement de l’espace et urbanisme (directrice de l’IATU, membre de l’UMR Passages).
Projet soutenu par la région Nouvelle-Aquitaine, en partenariat avec l’université de Florence, la région Toscane,
le PNR Landes-de-Gascogne, le Pays Médoc, le conseil départemental de la Gironde et le syndicat mixte du SCoT de l’aire métropolitaine bordelaise (Sysdau).
Principaux participants au programme : Michel Favory, Emmanuelle Bonneau, Bernard Brunet et les étudiants de l’IATU (Bordeaux) ; Daniela Poli, David Fanfani et les étudiants de l’université de Florence (Italie).

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