A partir de l’outil photographique

Tous photographes ? La multiplication des téléphones portables a fait de chacun d’entre nous un photographe amateur qui décrit et met en scène sa vie, son quotidien et ses émotions. Bien loin de cette pratique autocentrée, la photographie peut également être mobilisée comme un outil qui aide à définir ce qui compose nos paysages, autrement dit ce qui caractérise les lieux dans lesquels nous vivons. À cette description des paysages réalisée à l’aide de la photographie, d’autres ambitions peuvent être associées : porter un regard différent, interroger la notion de patrimoine, provoquer le débat… Focus sur quatre démarches exemplaires.

« Mon paysage au quotidien » : la photographie pour promouvoir la participation citoyenne

Portée en 2013 par le ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie à l’occasion du dixième anniversaire de la loi « Paysage », ce concours proposait aux particuliers et aux scolaires de réaliser une photographie titrée et légendée d’un lieu. 8 000 photos ont été réalisées. Un des enseignements à retenir porte sur l’importance du caractère « pittoresque » de la France dans l’imaginaire collectif. Ainsi, dans le périurbain, des images de la France rurale et traditionnelle ont été privilégiées par les photographes amateurs. La « banalité » du territoire, ses banlieues, ses lotissements et ses routes, n’ont été que peu photographiés alors qu’ils sont pourtant des espaces très présents dans le quotidien des Français.

L’inventaire – photographies d’une métropole traversée par le GR2013 : la photographie comme moyen de créer un attachement à un paysage

Soutenus par la DRAC PACA, la métropole Aix-Marseille Provence et le département des Bouches-du-Rhône, l’Observatoire Photographique des Paysages et le Bureau des guides du GR2013 ont souhaité mettre en valeur les qualités culturelles et artistiques d’un sentier, le GR2013, tout en favorisant de manière plus générale la pratique de la marche.

Le dispositif mis en place a consisté, dans un premier temps, à identifier une centaine de lieux traversant la métropole de Marseille, le long du GR2013, puis dans un second temps, à mobiliser des candidats volontaires pour « suivre » les lieux dans la durée. Les candidats ont ainsi eu pour mission, chaque année, pendant dix ans, de reprendre la même photographie du même lieu. Aujourd’hui, cet inventaire compte 60 photographes et plus de 5 000 images exposées en ligne. L’originalité de cette démarche tient à la manière dont l’outil photographique a servi à constituer un lien d’attachement entre les personnes et les lieux.

La Mission photographique de la Datar (1984 – 1988) : la photographie artistique du paysage comme moyen d’élaborer un référentiel et une culture des paysages

En 1984, la Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale (DATAR) a lancé un grand programme, une mission photographique, en chargeant une quinzaine de photographes professionnels (qui sont aussi des artistes) de proposer une expérience sensible et de « recréer une culture du paysage ». Certains photographes se sont intéressés au Littoral de la Manche, d’autres à la voiture, d’autres encore aux fermes… Cette démarche est une référence car elle marque l’entrée du paysage de l’ordinaire et du quotidien dans le champ artistique. Certains grands noms de la photographie comme Raymond Depardon ont participé à cette mission.

Les résidences photographiques à Clermont-Ferrand : la photographie professionnelle pour alimenter le débat avec les habitants

https://bureaudesguides-gr2013.fr/wp-content/uploads/2022/02/Inventaire_Dossier_Presse_Janvier_2021.pdf

Depuis 2004, la ville de Clermont-Ferrand choisit, de manière répétée, plusieurs photographes qui apportent leur regard sur les quartiers et sur les manières de vivre dans l’agglomération. L’une des ambitions de cette démarche est de favoriser des échanges entre les artistes et les habitants. L’intérêt est de créer un débat sur « ce qui fait paysage » en comparant les sujets, le regard d’un artiste et celui, forcément différent, des habitants et des usagers sur des lieux traversés et vécus.

Ces quatre démarches ont en commun de favoriser la mise en débat autour de l’appréhension du paysage entre des personnes d’horizons variés : habitants, citoyens, élus, professionnels de l’urbanisme et du paysage, artistes… Elles offrent de nombreux intérêts que l’on peut citer pèle mêle : la compréhension de nos espaces quotidiens, l’attention aux lieux et à la valeur donnée à ce qui nous entoure, mais aussi la prise de conscience de la diversité des paysages, loin des clichés ou des images caricaturales. Il s’agit en somme de partager et de prendre soin de notre quotidien dans l’ordinaire des espaces dans lesquels nous vivons.

 

Télécharger le PDF