
À s’asseoir sur le traditionnel banc en fonte et bois de la rue d’à côté, d’aucuns penseraient que le mobilier urbain n’a pas évolué depuis que le baron Haussmann en a généralisé l’usage lors de ses grands travaux de requalification de la capitale au XIXe siècle. Et pourtant, à bien y regarder, bancs, candélabres, abris et autres objets urbains ont pris depuis plusieurs années un caractère véritablement protéiforme, pouvant même, parfois, nous laisser pantois devant l’usage à en faire…
De la fontaine Wallace à l’abribus connecté, les moteurs de l’évolution de ce champ singulier du design sont multiples. Ils s’inscrivent, comme bien souvent pour la création humaine, dans les grandes tendances sociétales à l’œuvre depuis la révolution industrielle. À commencer par notre rapport au corps. Si, au XIXe siècle, le mobilier urbain accompagne la mise en scène sociale du corps dans la mondanité des boulevards et grandes avenues nouvellement créés, il doit, depuis les années 1960, s’accommoder de la libération des corps. Un rapport plus intime à notre enveloppe charnelle s’invite dans l’espace public : le corps veut prendre le soleil, se détendre après une journée passée devant un écran d’ordinateur… À l’orthogonalité corsetée du banc haussmannien se substitue progressivement l’inclinaison hédoniste du transat urbain.

(captures d’écran) © denovo.
Cette attention portée au corps au repos se complète d’un intérêt accru pour le corps en mouvement. Face à l’obésité galopante, il faut s’activer ! Mini-parcours sportif, poutres d’équilibre, trampolines… tout est bon pour favoriser l’activité physique à tous les âges. Une société néerlandaise invente même des dalles au sol proposant aux personnes âgées des exercices simples en utilisant de façon détournée le mobilier existant.
Aux antipodes du corps, c’est aussi l’univers dématérialisé du numérique qui fait « muter » nos objets urbains du quotidien. Dans ce domaine, deux grandes tendances se côtoient. La première vise à offrir de l’information, c’est le mobilier urbain connecté. Ainsi, l’abribus développé par la société JC Decaux et déployé dans la ville de Paris propose-t-il de découvrir, via un écran tactile, l’historique du quartier et plus globalement de la capitale et d’accéder à de multiples informations en matière de mobilité. S’il est vrai que ce type de fonctionnalité se trouve de plus en plus concurrencé par la généralisation des smartphones et de leurs antennes-relais (tiens, un nouveau mobilier urbain ?), l’idée est plutôt de rechercher la complémentarité en proposant notamment des ports de recharge USB et un accès Wifi. L’autre tendance est celle du mobilier intelligent, dans la droite ligne de la smart city et de ses promesses de salut environnemental. Le réverbère intelligent en constitue un bon exemple : équipé de caméras et de capteurs, il permet un éclairage dynamique et gradué dès qu’un piéton ou une voiture sont détectés. Les lampadaires communiquent entre eux, ce qui permet d’anticiper le déplacement de l’usager. L’enjeu est ici d’associer confort et maîtrise des consommations énergétiques.

Enfin, ce sont bien souvent les crises qui propulsent dans nos rues de nouveaux objets, comme les désormais courants « blocstops » installés en réponse aux attaques terroristes. De son côté, le réchauffement climatique qui fait pousser sur nos places des pergolas en tout genre, plus ou moins décriées, remet au goût du jour des fontaines oubliées et signe l’avènement de leurs confrères, les brumisateurs. Mais la Covid-19 surgit et en suspend l’usage pour l’été 2020, c’est la guerre des crises… d’ailleurs, à quand la gamme de mobilier coronavirus ?