Les cartes sont des représentations d’une certaine forme de réalité, cette rubrique de CaMBo a souvent eu l’occasion de le rappeler. Elles se composent de points et de segments qui forment des polygones et qui, par d’habiles processus techniques (la projection, l’orientation, la superposition des couches SIG) et des méthodes graphiques sophistiquées (l’épaisseur des traits, la palette de couleurs, la finesse des ombres portées), offrent aux lecteurs une image d’un territoire où l’espace entre les points et les segments suit des règles métriques précises : c’est la carte classique, celle où la géométrie euclidienne est reine.
Le cartogramme, une autre vision de la réalité
Souvent, les représentations cartographiques des dynamiques spatiales (croissance démographique, consommation foncière, etc.) se basent sur ces cartes classiques et donnent à chacun des polygones une couleur spécifique en fonction de l’intensité du phénomène analysé. C’est ce qu’on appelle des cartes choroplèthes. Le cartogramme va au-delà, en proposant de sortir de la vision homothétique qui établit une correspondance exacte entre la distance sur le terrain et sa représentation sur la carte (1 kilomètre = 1 centimètre). Le cartographe va ainsi déformer la géométrie pour créer une anamorphose qui donnera à voir une autre réalité du territoire.
D’un point de vue technique, les déformations (aujourd’hui possible grâce à de savants algorithmes) s’appliquent le plus souvent aux polygones, permettant de représenter des informations de stocks. Les cartogrammes permettent alors de prendre conscience de phénomènes « de masse ». Par exemple, les journaux représentent souvent les résultats d’élections par des anamorphoses des circonscriptions électorales.
Plus rarement, ces anamorphoses s’appliquent à des données de flux. La déformation de la carte de France par le rapprochement en distance-temps des villes grâce aux Lignes à Grande Vitesse est l’exemple le plus parlant. L’Hexagone disparaît et apparaissent des péninsules occitane et provençale.
Les distances-temps en Gironde, l’autre géographie du territoire

Le cartogramme de la Gironde sur les temps de déplacement en transports collectifs présente des enseignements importants et une autre géographie du territoire.
L’information ici communiquée est celle du temps de parcours le plus court en transports collectifs depuis la gare Saint-Jean vers certains lieux et villes du département, tous modes confondus (lianes et tramways sur le territoire de la métropole, cars régionaux et TER en dehors). La déformation, par allongement ou rétrécissement des segments qui rejoignent les points sélectionnés, donne à voir des distances temporelles, loin de correspondre à la réalité des distances géographiques physiques.
Le résultat demande quelques clés de lecture : le polygone rose est le territoire départemental anamorphosé et les points roses, la néo-localisation dans l’espace-temps des villes et sites sélectionnés.
La frange est du département se rapproche du cœur de la métropole : Langon et Libourne sont à moins de 30 minutes de la gare Saint-Jean (soit autant de temps que pour rejoindre le campus, Mérignac ou Blanquefort) ; La Réole, Coutras ou Saint-Mariens à moins de 40 minutes, soit autant de temps que pour aller à l’aéroport ou au stade Matmut-Atlantique. Ce qui permet ce rapprochement ? Des lignes ferroviaires qui assurent des temps de parcours réguliers et indépendants de la saturation des axes routiers.
Au sein même de la métropole, le centre commercial des Rives d’Arcins et les communes d’Eysines ou de Saint-Médard-en-Jalles s’éloignent de la gare Saint-Jean.
La déformation la plus flagrante se situe aux frontières nord et ouest du département : Saint-Ciers-sur- Gironde et Lacanau se retrouvent à plus de deux heures de trajet en transports collectifs quand le Cap Ferret s’éloigne à plus de 2 h 30. Les cars régionaux à destination de ces communes desservent de nombreuses localités depuis la gare ce qui allonge d’autant les temps de parcours.
Se dessine alors une autre géographie du territoire… Les coteaux qui bordent la Dordogne et la Garonne se rapprochent d’une métropole qui, elle, s’élargit vers l’ouest du département ; le long ruban sableux et droit de la côte atlantique se creuse en une plage concave entre Lacanau-Océan, qui devient un cap ; la pointe du Cap Ferret et le bassin d’Arcachon s’allongent d’est en ouest, formant une rade, une ria ou un autre estuaire…