AGORA 2017

Paysage métropolitain, rive droite. © e.toile prod, a’urba

Dans l’euphorie des projets urbains qui ont éclos autour du fleuve ces dernières années et qui valent à la métropole bordelaise une reconnaissance internationale au-delà de ses vignobles, la ville a, comme tout le monde, ses moments d’introspection. Depuis 2004, la biennale d’architecture, d’urbanisme et de design Agora remet en perspective les Métropoles millionnaires (2010), le Patrimoine (2012), les Espaces publics (2014). Pendant quelques jours, Agora expose grands et petits projets locaux, sélectionnés par des commissaires internationaux soucieux de replacer le projet métropolitain bordelais dans un contexte de forte concurrence nationale.

La 7e édition d’Agora sera exceptionnelle. Déjà parce qu’elle se tiendra non pas deux ans, mais trois ans après la dernière. Et aussi parce que cette triennale, donc, ne portera pas sur ses sujets de prédilection. Son thème sera le paysage et son commissaire un paysagiste, Bas Smets, mondialement reconnu, mais aussi localement bien intégré pour mener plusieurs projets sur le territoire bordelais. Il s’est associé pour l’occasion à Randall Peacock, scénographe new-yorkais, et à Joris Kritis, graphiste flamand, et il s’est entouré d’un « cercle de sages » éclairés sur la question du paysage pour conquérir le Hangar 14 en bord de Garonne.

Mais pourquoi cet événement, initialement consacré aux projets d’architecture, urbains et de design, nous propose-t-il cette année le thème du paysage ? Pourquoi, en 2017, ce moment d’introspection de la métropole s’empare-t-il d’un sujet qui nous inviterait plutôt à faire l’expérience du dehors, comme l’annonce Bas Smets ?

L’exposition « Paysage en mouvement, paysage en progrès » mettra en scène une « vision du paysage » par Bas Smets, que sa participation au projet des 55 000 hectares pour la nature (2012-2014) avait déjà permis d’esquisser pour Bordeaux. Cette démarche expérimentale a continué de déplacer le centre de gravité du grand projet bordelais, centré sur la reconquête du fleuve, vers d’autres horizons. Une nouvelle question s’est posée à la ville : alors que les enjeux environnementaux interpellent de plus en plus les acteurs publics et que les villes continuent de s’étendre, comment faire plus de nature avec plus de ville ? Parce que la ville est paysage, parce que la nature est paysage, évitons d’enfoncer des portes ouvertes, ouvrons les larges fenêtres du Hangar 14 et laissons-nous porter vers ce dehors bordelais : la plaine inondable de la Garonne, les pentes boisées des coteaux, les versants empierrés de la ville étendue, la pinède océanique… Autant de guest stars grandeur nature à découvrir cet automne, en plein cœur de Bordeaux.

Le format de la biennale, limité habituellement à quatre jours, est pour cette 7e édition, décloisonné : conférences, projections, discussions ont préparé l’événement de la rentrée dans différents lieux de la métropole dès 2016. L’ouverture de la Ligne à Grande Vitesse le 2 juillet 2017, qui placera Bordeaux à deux heures de Paris, sera plus largement l’occasion d’inaugurer toute une saison culturelle dédiée aux paysages bordelais pendant quatre mois : expositions, performances, concerts, street-art et art contemporain nous parleront de nature, de ville, de nous, de notre territoire et d’ailleurs, autour d’un sujet éminemment fédérateur.

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