La numérisation généralisée de la société va de pair avec la montée en puissance de géants du numérique : ces multinationales collectent nos données (photos, achats en ligne, datas nécessaires au fonctionnement des logiciels, etc.) pour le développement de leurs services et pour la valeur économique qu’elles en retirent. Elles les stockent dans des data centers (centres ou hôtels de données) partout dans le monde, qu’elles détiennent très majoritairement.

En la matière une alternative est proposée par le Collectif CHATONS : Collectif d’Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Initié en 2016 par l’association Framasoft d’éducation populaire aux enjeux du numérique, ce réseau lié par une charte basée sur des valeurs humaines, de transparence dans la gestion et de garantie de la confidentialité des données, s’étoffe progressivement dans tout l’Hexagone.

Évanescence matérielle

Coup d’œil dans le rétroviseur, début des années 2000. Regarder un film nécessitait un lecteur de DVD et surfer sur Internet impliquait de brancher un modem sur une ligne téléphonique : la connexion était interrompue en cas d’appel, et inversement. Il existait alors une certaine matérialité liée au stockage et aux usages numériques. À mesure que l’accès à ces services a explosé et que les films en streaming[1] se sont mis à « ruisseler », leur existence s’est mue dans l’imaginaire collectif en réalité impalpable au nom vaguement poétique : le cloud. Mais cette dématérialisation nébuleuse est un mirage trompeur : câbles sous-marins, entrepôts d’e-commerce, data centers gigantesques, consommation de ressources et d’énergie, artificialisation d’espaces en sont les contreparties bien réelles.

Une logistique numérique loin d’être neutre sur le plan environnemental

Les données ne flottent pas dans les nuages mais circulent à travers une architecture complexe de câbles reliant des serveurs constitués de milliers de boîtes ressemblant aux tours de nos premiers ordinateurs. Le volume mondial des datas doublant tous les trois ans, les besoins en sites de stockage sont exponentiels. Vu de l’extérieur, les hôtels de données ressemblent en général à n’importe quel entrepôt. Mais nuit et jour ils tournent à plein régime, comme des aéroports où transitent des données plutôt que des passagers. Pour alimenter les serveurs et les refroidir via des climatiseurs ou des circuits de refroidissement à eau, ils ont des besoins colossaux en énergie. Pourtant les synergies locales restent anecdotiques et la chaleur générée n’est en général pas récupérée.

Ancrage local et échelle humaine

Les CHATONS permettent d’héberger des données en maintenant un lien entre hébergeur et usager. Certains offrent des services pouvant convenir à des particuliers ou des associations, à l’image d’un CHATON béarnais en cours de construction qui prendra la forme de serveurs de récupération installés chez son créateur, et contribuera à la dynamique associative locale. D’autres développent des services adaptés aux entreprises en termes de fiabilité et de volumes stockés, avec des équipes techniques dédiées et des espaces de stockage loués dans de petits data centers français garantissant un recours exclusif aux énergies renouvelables.

S’ils ne prétendent pas impressionner les géants qui tirent les câbles, les CHATONS s’inscrivent dans une démarche éthique pour contribuer à un Internet abordable et émancipateur pour tous. Une manière de resituer nos usages numériques en démarche sociale et citoyenne, et contribuer à une prise de conscience collective de leurs impacts territoriaux, environnementaux et économiques. Répondant à des préoccupations sociétales majeures, ils posent finalement avec légèreté une question fondamentale : avec le numérique, que sommes-nous capables de construire ensemble ?


Pour aller plus loin

L’impact spatial et énergétique des data centers sur les territoires , Institut Paris Région

- H. Seingier, F. Louison, E-commerce, data centers. Quand internet bétonne la France, dossier ZADIG, n° 14, juin 2022.

[1] | To stream : couler, ruisseler. Streaming : vidéo en continu.

 

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