Depuis 20 ans, le Prix de thèse sur la ville (PTV) récompense les meilleures thèses de doctorat réalisées sur la ville et le fait urbain. Ce concours, créé en 2006, est organisé par l’Association pour la promotion de l’enseignement et de la recherche en aménagement et urbanisme (APERAU Internationale) et le Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA) rattaché au ministère de la Transition écologique. Quelle est cette jeune recherche urbaine qui se mobilise pour concourir au PTV ? Pour dresser à grands traits ce portrait, nous allons présenter deux types d’informations : une synthèse d’éléments chiffrés que nous avons sélectionnés dans différents documents produits par les organisateurs du PTV et une courte présentation du colloque organisé pour l’anniversaire du Prix en mars 2026.
Plus de 1 500 thèses sur la ville et 60 lauréats en 21 éditions
Alors que le nombre de doctorants en sciences humaines et sociales (SHS) subit une érosion régulière, le prix connait une renommée et un succès croissants : le nombre de candidatures est passé d’une quarantaine en moyenne pendant la première décennie, à 130 dans les années 2020. Pour les jeunes docteurs, ce prix est attractif pour son effet levier escompté en début de carrière. Avec l’édition 2026, le nombre total de candidats au PTV s’élève à 1567 et, en effectifs cumulés, il y a eu autant de candidats ces 6 dernières années que pour les 15 premières éditions.
Le jury du PTV est composé paritairement de scientifiques émérites (chercheurs et enseignants-chercheurs) et de praticiens engagés dans la production et la gestion de la ville. Plusieurs critères permettent de sélectionner des thèses innovantes sur la ville ou le fait urbain : des thèses qui proposent une approche théorique et critique, avec une dimension spatiale, un caractère concret ou opérationnel et une réflexion sur et/ou tournée vers l’action.
Les thèses sont inscrites dans une variété de disciplines : géographie, sociologie, architecture, urbanisme, histoire et science politique. Chaque année le jury attribue un grand prix, ainsi que des prix spéciaux (un à trois selon les éditions) : 60 lauréats ont ainsi été récompensés entre 2006 et 2026. 65 % d’entre eux ont réalisé leur thèse dans des établissements franciliens et 35 % dans une université de province. Ce ratio reflète la surreprésentation parisienne dans les effectifs de la recherche française. Si le PTV est ouvert aux jeunes docteurs francophones, leurs thèses sont rarement primées.
La sélection s’effectue en deux temps : en 2026, sur les 141 thèses candidates, le jury a retenu 26 thèses pour un examen approfondi au second tour. Les deux tiers d’entre elles sont co-encadrées par deux directeurs ou directrices de thèse : ce qui était rare devient majoritaire et permet une ouverture scientifique ou méthodologique pour aborder des sujets à la croisée de deux thématiques ou de deux champs disciplinaires. Toutes ces listes du PTV permettent de voir l’évolution des lignes de force de la jeune recherche urbaine et les évolutions thématiques sur deux décennies, autant de sujets qui étaient au cœur des réflexions de la journée dédiée aux 20 ans du PTV.
« La ville en thèses »
À l’occasion de ce 20e anniversaire, un colloque « La ville en thèses » s’est tenu à Paris le 25 mars 2026 : plus de 150 participants se sont réunis à l’Académie du Climat. Les organisateurs du PTV ont choisi un lieu désormais emblématique dans le quartier du Marais : l’ancienne mairie du 4e arrondissement rénovée en 2021 par la Ville de Paris pour accueillir un FabLab, un démonstrateur d’écoconstruction, des espaces pédagogiques, des activités dans la cour végétalisée…
En ouverture du colloque, Philippe Mazenc (ministère de la Transition écologique) a insisté sur l’importance de mettre en lien savoirs et actions, recherches et politiques urbaines pour relever les grands défis écologiques. Pour lui, les réponses sont techniques bien sûr, mais aussi sociales, culturelles et politiques : « par vos travaux, vous éclairez nos choix ».
Marc Dumont (APERAU Internationale) a rappelé que la lauréate de la première édition était Agnès Berland-Berthon pour sa thèse soutenue à Bordeaux « La démolition des ensembles de logements sociaux : l’urbanisme entre scènes et coulisses ». Il a retracé l’évolution des grandes thématiques de recherche : la première décennie était marquée par la mondialisation et le règne de l’urbain, par une métropolisation triomphante, puis se sont affirmés la logique du projet et le retour de la ville européenne. Deux grands débats scientifiques se sont aussi ouverts : des luttes sociales ont conduit à une nouvelle critique sociale, puis la question écologique a pris à revers l’urbain. Tout ceci a conduit à l’augmentation des travaux sur les vulnérabilités urbaines. La montée en puissance des questions écologiques se lit dans la part des thèses qui y sont consacrées (35 % en 2025, contre 10 % avant) ; en revanche la part des travaux consacrés à de grandes infrastructures, notamment de transport, diminue (20 à 25 % des thèses dans la première décennie, 5 à 6 % aujourd’hui). Marc Dumont a souligné que les thèses CIFRE, de plus en plus nombreuses, permettent une recherche urbaine plus ouverte et plus engagée. Il a enfin constaté l’évolution vers une recherche urbaine plus critique, de plus en plus engagée et militante.
Savoirs sur la ville, savoirs pour la ville

En conclusion du colloque, Sylvain Rotillon (secrétaire permanent du PUCA) s’interrogeait : dans un contexte de montée des incertitudes, comment produire des savoirs qui ne s’appuient plus sur ce que l’on connaissait ? Il a insisté sur un enjeu important pour le PUCA, celui de réfléchir à la façon de passer de la recherche à l’action publique avec des « savoirs actionnables », y compris au niveau local. Pour avancer collectivement différemment, il a invité à engager de nouvelles recherches, avec de nouvelles approches et de nouvelles prospectives.
Pour aller plus loin
- Site de l’APERAU Internationale : tableau synoptique 2006-2024 (lauréats, encadrement de thèse, établissement et discipline) ; document de synthèse 2006-2024 (résumés, URL des thèses lauréates) : https://www.aperau.net/prix-de-la-these-sur-la-ville/
- Site du PUCA : une page dédiée à chaque édition (livret annuel présentant les lauréats et leur thèse) : https://www.urbanisme-puca.gouv.fr/prix-de-these-sur-la-ville-r53.html
- Le colloque « La ville en thèses » organisé à l’Académie du Climat : https://www.urbanisme-puca.gouv.fr/colloque-la-ville-en-theses-savoirs-sur-la-ville-a2948.html