L’université au plus près des territoires
Étudier l’histoire de l’art à la Sorbonne, la géographie à Toulouse-Le Mirail, les mathématiques ou le droit à l’université de Bordeaux depuis Mont-de-Marsan, Villeneuve-sur-Lot ou Saint-Macaire, c’est désormais possible, depuis 2019, grâce aux campus connectés[1].

Labellisés par l’État et financés par le programme d’investissements d’avenir, les campus connectés sont portés par une collectivité territoriale en partenariat avec une université et en lien avec le rectorat. C’est un lieu d’études qui met à la disposition des étudiants des salles de cours connectées où ils peuvent, à partir de leur ordinateur personnel ou de ceux mis à leur disposition, suivre la formation à distance à laquelle ils se sont inscrits auprès d’une université ou d’une école.
Ils sont désormais neuf en Nouvelle-Aquitaine et le dispositif monte en puissance, catalysé par la crise sanitaire qui a permis d’étoffer le marché de la formation à distance mais qui a aussi mis cruellement en évidence les limites de la télé-étude non accompagnée.
Entre aménagement du territoire et réponse à des besoins sociaux, les ambitions de ces tiers-lieux pour étudiants sont nombreuses et diversifiées. Ouvrir les territoires à l’enseignement supérieur, monter en compétences, garder les talents, mais aussi limiter l’autocensure, pallier des problèmes de mobilité, de financement d’un logement dans une grande métropole… Autant d’objectifs qui ont guidé la création de ces campus connectés.
Trois ans après leur lancement, quelle est la réalité de leur mise en œuvre ?
Le fruit d’un partenariat entre une collectivité territoriale et l’État
Qu’ils soient portés par un département, une communauté d’agglomération ou une commune, les campus connectés s’appuient sur une convention avec une université partenaire. Labellisés par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et financés par la Banque des territoires pour cinq ans, ils permettent aux étudiants qui les rejoignent de suivre les enseignements de l’université voire de l’école privée de leur choix. BTS, licences (L1, L2, L3), masters, formations en santé, diplômes universitaires, formations « à la carte »… Tous les diplômes de l’enseignement supérieur et tous les champs disciplinaires sont accessibles.
Un public diversifié
Le profil des étudiants utilisateurs des campus connectés se caractérise par une très grande hétérogénéité. Des néo-bacheliers aux adultes en reprise d’études en passant par des jeunes pour qui l’expérience de la grande ville (souvent perturbée par les confinements et les couvre-feux) fut un échec, ces étudiants à distance ont des besoins variés et des motivations différentes mais trouvent dans l’accompagnement ou la proximité qui leur sont proposés une condition essentielle à leur poursuite d’études dans l’enseignement supérieur. C’est pour certains un moyen de tester leur orientation, pour d’autres de composer avec leurs contraintes familiales, pour d’autres encore d’éviter de faire peser sur leurs parents des charges financières trop lourdes.
D’autres profils, plus atypiques, ont aussi leur place dans ces dispositifs. Certains athlètes de haut niveau peuvent ainsi allier leur pratique intense d’un sport avec le suivi d’une formation. Le campus de Mont-de-Marsan accueille par exemple de jeunes joueurs des clubs de basket et de rugby de la ville. Les campus connectés peuvent être également une solution adaptée aux étudiants ayant des problèmes de santé ou en situation de handicap.
Tous s’engagent sur un contrat d’accompagnement valable un an, reconductible, qui précise les moyens mis à leur disposition mais aussi les engagements (notamment d’assiduité) qui sont les leurs.
Pour faire connaître le dispositif, les proviseurs de lycées, les centres d’information et d’orientation, les points information jeunesse, les salons étudiants, les réseaux sociaux mais aussi les missions locales ou Pôle emploi sont mobilisés.
Des moyens importants
Les campus sont animés par un ou plusieurs tuteurs, agents de la collectivité porteuse du projet. Ils assurent la mise en œuvre du dispositif dans ses trois dimensions principales. Ainsi, la première vocation des campus est de proposer un lieu d’étude physique où les étudiants ont accès à une connexion internet de qualité, des ordinateurs, des imprimantes…
Un accompagnement individuel est mis en place pour chacun des étudiants. Dans le cadre de rencontres régulières et formalisées avec le tuteur du campus, ils sont guidés dans les relations avec leur établissement de rattachement, leur recherche de stage, le suivi de leur calendrier de formation, etc.
Enfin, sont développées des actions d’accompagnement plus collectives, destinées à mettre en place une dynamique de groupe et un « esprit de promotion » qui peuvent mobiliser des ressources extérieures. Cours d’anglais, sophrologie, ateliers santé ou artistiques, journées d’intégration ou défis collectifs ont pour ambition de permettre aux étudiants de tisser des liens entre eux mais aussi de s’ouvrir aux potentialités offertes par leur territoire de vie et d’études. Car la question de l’insertion urbaine et territoriale des campus est un véritable enjeu pour leur attractivité et leur réussite. La plupart des campus connectés ont donc choisi une localisation à proximité d’autres établissements d’enseignement supérieur du territoire permettant une mutualisation des ressources comme la restauration collective par exemple.
Réussites et difficultés
Le principal succès des campus connectés se traduit dans le taux de réussite très élevé des étudiants inscrits. L’accompagnement personnalisé tient ses promesses et les chiffres remontés au ministère sur les résultats aux examens attestent de l’intérêt de ce type de démarche.
Pourtant, se former à distance reste difficile. Le niveau de service d’enseignement est très variable selon les établissements. Si certains ont investi sur des formats interactifs de type visio-conférence ou capsules vidéo pré-enregistrées, d’autres restent sur un format plus classique de cours par correspondance où des documents écrits sont envoyés aux étudiants et où les interactions avec les équipes enseignantes sont limitées.
De plus, la présence sur site reste une difficulté pour certains étudiants. Même si le contrat signé avec les campus les engage à une assiduité minimale de quelques heures, certains sont happés par leurs contraintes personnelles (jobs étudiants, sport de haut niveau, contraintes familiales), parfois peu compatibles avec les projets collectifs portés par les campus.
pour les étudiants. Ils montent progressivement en effectif, gagnent en crédibilité au niveau local vis-à-vis des lycées de secteur notamment, avec qui les partenariats s’intensifient, et s’inscrivent en complémentarité d’une offre de formation d’enseignement supérieur dans un réseau de villes petites et moyennes.
À l’heure où la question du logement étudiant (notamment dans la métropole bordelaise) se pose avec toujours plus d’acuité, où la crise énergétique vient renchérir les coûts des déplacements et où la formation reste une question centrale pour le développement des territoires, le maintien du dispositif à l’issue des cinq premières années de labellisation grâce à une pérennisation des financements apparaît comme un enjeu important.
[1] | Merci à Cassandre Bague, animatrice du campus connecté de Mont-de-Marsan, et à Damien Bresson, coordinateur du campus connecté de Carcassonne.