L’intendance mal aimée des villes

La gestion des fluides (eau, énergie, télécommunications), des déchets, déplacements et autres services urbains, est consubstantielle de la qualité de nos sociétés. En 150 ans, on est pourtant passé de l’acceptation à la défiance.

Que sont les services urbains ?

Deux constantes se dégagent :

  • ils sont indissociables des grands équipements à forte valeur capitalistique, consomment de l’espace et causent des nuisances. Ce sont les équipements techniques dits servants, établis en milieu urbain ou périphérie ;
  • avec l’offre d’emplois et de logements, ils fournissent aux habitants et aux entreprises une des bases de la réussite des objectifs de développement durables des villes.

Ce sont aussi les équipements dit d’attractivité (santé, éducation, sport, parcs d’exposition/palais des congrès, parcs de stationnement) ou encore les cimetières et les ateliers municipaux. Certains y intègrent les espaces de nature Nous ne traiterons pas ici de ces équipements d’attractivité.

Changement de paradigme

À la fin du XIXe siècle, les villes, malades, se dotèrent de services urbains d’hygiène efficaces : eau potable, lumière, tout-à-l’égout, tramway… et bien évidemment les bacs à ordures fermés du préfet Poubelle ! Les emprises nécessaires étaient construites dans les faubourgs, loin des quartiers bourgeois. Les classes populaires riveraines composaient avec ce voisinage parfois dérangeant, y trouvant emploi et amélioration des conditions de vie. Dans la seconde moitié du XXe siècle, les services d’attractivité se développèrent au bénéfice de tous, tandis que l’urbanisation s’étendait au-delà des faubourgs.

Ce début du XXIe siècle chamboule tout. Les services urbains sont désormais contraints par l’exigence d’intégrer les objectifs de développement durable et la révolution numérique, qui induisent une évolution des comportements sociaux. Les villes doivent se renouveler sur elles-mêmes et certains équipements constituent le gisement foncier stratégique pour les politiques de densification urbaine ; l‘innovation technologique invente le véhicule autonome partagé (réduction des parkings) et permet la micro-production renouvelable d’énergie autoconsommée (chauffage urbain à partir des serveurs informatiques éparpillés). Enfin, les Millennials fréquentent les recycleries plutôt que les déchetteries et nourrissent leur poule citadine des restes de l’AMAP. Les cœurs métropolitains s’embourgeoisent sous l’impulsion des politiques publiques de valorisation et chacun est sensibilisé aux conséquences de la pollution.

L’exemple bordelais

La métropole bordelaise entend mieux capter le développement démographique girondin. Les services urbains et installations inhérentes sont d’autant plus nécessaires. Pourtant, les grands projets de renouvellement urbain se développent en faisant parfois fie des équipements servants. En raison des nuisances qu’ils causent, nombreux sont les partisans de leur installation en périphérie, ce qui pose le problème de leurs coûts de gestion. Exemple anecdotique mais essentiel à l’image touristique de la ville : comment maîtriser le budget de la propreté urbaine si la délocalisation du centre technique rallonge les parcours quotidiens des balayeuses[1] ? Il en va de même pour le centre de déchets ménagers de Latule ou le dépôt de bus de Lescure, qui attirent toutes les convoitises des aménageurs en raison de leur situation stratégique en cœur d’agglomération. Et où mettrons-nous nos cimetières à partir de 2030, lorsque ces derniers seront pleins ?

La solution ? La mixité des fonctions, y compris à l’îlot, en inventant des solutions réduisant drastiquement les nuisances (Hong Kong en regorge) et, si possible, à coût maîtrisé. Parallèlement, les nouvelles technologies et l’évolution des comportements réduisent les besoins en grandes infrastructures mais imposent un maillage plus fin de petites installations. Beaucoup reste à inventer pour faire fonctionner ce nouveau « métabolisme » urbain !


[1] | Énergie et augmentation des horaires/réduction du temps de travail utile.

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