Villes créatives du monde

246 Villes créatives  pour changer le monde

Statue de Corto Maltese sur la passerelle Hugo Pratt à Angoulême. © Antonio Gonzales-Alvarez.

Stimuler l’intelligence collective et créative est l’une des missions de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).

Créés en 2004, le programme et le réseau « Villes créatives » entendent mettre la créativité au cœur du développement urbain en tant qu’outil d’innovation stratégique pour répondre aux impératifs contemporains, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux. Le réseau constitue une plateforme appelée à faire vivre cette idée de gouvernance créative et à instaurer un véritable dialogue interculturel. Il réunit aujourd’hui 246 villes dans le monde, qu’il s’agisse de métropoles ou de villes plus modestes.

Le label « Ville créative » couvre sept domaines : artisanat et arts populaires, arts numériques, design, film, gastronomie, littérature, musique. Les villes candidates doivent justifier d’un talent reconnu et spécifique dans l’un d’entre eux et s’engager à intégrer la culture dans leurs plans de développement urbain. Le réseau contribue à valoriser et dynamiser les actions des villes membres, à développer des pôles de créativité et d’innovation et à renforcer les synergies entres les créateurs, l’ensemble des professionnels du secteur public ou privé concernés et la société civile. Il vise aussi à améliorer l’accès et la participation des groupes et des personnes défavorisés ou vulnérables à la vie culturelle.

Ces objectifs s’expriment au niveau local et international par des initiatives pilotes, des événements qui contribuent au partage des connaissances et des expériences, dont une grande conférence annuelle du réseau, mais aussi par des programmes de recherche et d’études. Un nouveau « programme de développement durable à l’horizon 2030 » a récemment été lancé dans l’objectif de projeter des modèles de villes plus inventives, résilientes et inclusives à partir de la diversité des expériences conduites par les membres du réseau.

Deux villes de Nouvelle Aquitaine distinguées par l’Unesco

À ce jour, six villes françaises ont été labellisées par l’Unesco. Promues entre 2008 et 2013, Lyon et Enghien-les-Bains ont intégré la catégorie des arts numériques ; Saint-Étienne celle du design. Limoges s’est illustrée récemment dans le domaine de l’artisanat et des arts populaires. Lors de la dernière session du comité Unesco, fin 2019, Metz a décroché sa place au titre de la musique et Angoulême a rejoint le cercle fermé des Villes créatives en littérature.

La céramique de Limoges sous le feu des projecteurs

La désignation de Limoges « capitale des arts du feu » récompense une longue tradition et un savoir-faire d’excellence dans le domaine de la céramique (terre cuite, faïence, grès, émail) et plus spécifiquement de la porcelaine. Aujourd’hui, la filière porcelaine, exportatrice sur toute la planète, réunit plus d’une centaine de TPE, artisans d’art, créateurs plasticiens, designers et quelques 1 200 emplois.

En rejoignant ce réseau de villes inventives, colorées, multiculturelles, Limoges élargit encore sa vitrine à l’international. Mais elle envoie également un signal politique manifeste aux acteurs du territoire et à ses habitants, en mettant la créativité au service de la vie de la cité, dans les domaines économiques, culturels, artistiques, bien sûr, mais aussi sociaux et éducatifs. Le pôle de compétitivité européen de la céramique, épaulé par des établissements d’enseignement de premier plan qui accueillent étudiants français et étrangers du CAP au niveau ingénieur, constitue un laboratoire d’idées et un puissant « booster » pour la recherche. Cette révolution technologique s’incarne dans des domaines aussi divers que la chirurgie (l’implantation d’un sternum en céramique technique est une première !), de l’électronique, de l’aéronautique ou du spatial.

La céramique, sous toutes ses formes, s’expose aussi dans l’espace public. En jouant avec ses créations contemporaines, œuvres d’art, fontaines, modules de façade et en utilisant les dernières innovations techniques pour concevoir mobilier et signalétique, elle redessine la physionomie de la ville.

Cette transformation de la dynamique et de l’identité de la ville stimule également les activités touristiques. À l’instar de la création de la Route européenne de la céramique, Limoges rêve d’un itinéraire culturel mondial avec sa ville jumelle Icheon, en Corée du Sud, reconnue pour son art millénaire de la céramique. En témoigne aussi la biennale « Toques et Porcelaine », qui sous la bannière « Ville créative » s’est transformée en une rencontre phare, festive et gastronomique, qui attire un public de plus en plus cosmopolite.

Angoulême,  capitale mondiale du 9e art

C’est en 2017 que germe l’idée, au sein de l’équipe municipale d’Angoulême, de candidater pour le label Unesco. La ville s’engage alors dans une procédure complexe et exigeante, n’hésitant pas à aller chercher le soutien de villes déjà membres à travers l’Europe. Deux ans plus tard, en novembre 2019, à l’aube de « l’année de la bande dessinée » instituée par le ministère de la Culture, Angoulême remporte son pari d’intégrer le réseau de la quarantaine de Villes créatives « littéraires », en rejoignant Bagdad, Durban, Iowa City, Ljubljana, Montevideo ou encore Reykjavik, et décroche à cette occasion le titre de capitale mondiale de la BD. Une belle victoire qui consacre aussi la reconnaissance par l’Unesco de la bande dessinée comme genre littéraire à part entière.

Angoulême, dont l’histoire est étroitement liée à celle du papier, est ainsi récompensée pour son rôle pionnier avec son Festival international qui accueille, depuis 1973, quelque 200 000 visiteurs chaque année. Cette grande manifestation s’appuie sur un vaste écosystème de l’image : auteurs, dessinateurs, éditeurs, structures de diffusion, entreprises tournées vers l’animation, le numérique ou le multimédia, ainsi que sur les établissements d’enseignement supérieur rassemblés dans un Campus de l’Image sans équivalent en Europe.

Avec le soutien sans faille de l’État, de la Région, du Département et de l’Agglomération, Angoulême s’est donné une feuille de route ambitieuse capable de rassembler les acteurs de la filière – dont la Cité internationale de la BD, le Festival international de la BD, le pôle Image Magelis ou encore l’École internationale de l’Image – autour d’un projet fédérateur. Son plan d’actions, quadriennal, se décline en neuf propositions pour la valorisation et l’animation du patrimoine du 9e art à l’international, le partage des savoir-faire, l’accueil pour les créateurs et en particulier pour les auteures, jusqu’à présent peu reconnues dans les différents palmarès. Il fait également la part belle aux initiatives en faveur de la jeunesse. À ce titre, Angoulême participe en 2020 au programme Odyssée qui va permettre aux scolaires de tous pays d’exprimer et de partager la richesse culturelle de leur lieu de vie, dans des planches de BD.

Et ainsi que le label l’exige, ces propositions s’intéressent aussi à l’espace urbain et à l’identité angoumoisine en poursuivant les aménagements déjà existants et les interventions des artistes, à l’exemple des murs peints ou de l’animation du réseau de bus et de la gare à l’effigie de héros bien connus. Pour ce faire, Angoulême propose la création d’un prix international de la créativité par la bande dessinée dans le domaine du design urbain, à destination de jeunes créateurs qui auront l’opportunité de réaliser les projets primés.

Quel avenir pour les villes créatives ?

S’il est indéniable que le label « Ville créative » offre une « marque » et une ouverture sur le monde aux deux villes néo-aquitaines, le manque de recul conjugué aux effets de la crise sanitaire ne permet pas d’en mesurer aujourd’hui les retombées exactes. Disposer d’une vitrine à l’international, échanger avec des experts extérieurs et métisser des cultures suffiront-t-ils à impulser la dynamique recherchée sur le plan local ?

A priori, l’obligation pour ces « Villes créatives » de remplir les objectifs affichés dans leurs plans d’actions est un bonus pour consolider l’économie créative et l’innovation, peser favorablement sur les emplois et intensifier le dialogue et les initiatives citoyennes. Le label participe au changement d’image de ces villes et renforce leur lisibilité à l’échelle régionale. Il contribue de fait à leur repositionnement respectif au sein de la grande Aquitaine. Même si, à ce stade, l’attractivité économique et touristique escomptée semble moins palpable que le rayonnement des villes labellisées par l’Unesco au titre du patrimoine mondial.

À l’évidence, allier patrimoine et créativité sera un levier essentiel pour promouvoir la richesse de nos savoir-faire régionaux et plus que jamais nécessaire pour construire le monde d’après…

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