
Une finale de coupe du monde de football a en commun avec une métropole qu’il faut en être, c’est une affaire de gagnants. Que le jeu pratiqué pour y parvenir soit grisant ou ennuyeux, seul importe le succès. Pour la métropole, ce lien est quasi-tautologique. Une grande ville aux résultats économiques médiocres se voit dénier le titre de « vraie » métropole, coupable de contrevenir au dogme qui fait de la concentration spatiale des activités une source d’enrichissement[1].
La mise en coupe du monde s’opère aujourd’hui via la métropolisation. Or le rapport des Français à celle-ci ressemble étrangement à celui qu’ils entretiennent à leur football. Ne soyons pas dupes des apparences, la France n’est pas un pays de football, grommellent les experts qui considèrent que l’on ne dépense jamais assez d’argent pour leur sport. C’est juste un pays qu’enflamment les performances de son équipe nationale, sans que la passion du ballon rond n’y règne au quotidien. Après Moscou, Trélissac comme les Girondins de Bordeaux ne joueront toujours pas à guichets fermés. Le rayonnement des métropoles françaises sur leurs périphéries semble pareillement tamisé. L’argent ne ruisselle pas de Bordeaux à Sainte-Foy-la-Grande.[2] La France n’est pas assez métropolitaine, s’inquiètent nos politistes ; nos « métropoles » s’ébattent dans un pays resté rural par son legs d’une structure politique que travaille la mémoire des querelles entre ses 36 000 clochers. Même une ville aussi dynamique que Paris – Île – France, faute de présenter une gouvernance à la mesure des défis de la globalisation, peut se voir contester cette qualification de métropole.[3] Que l’EPCI qui a réussi à devenir un acteur collectif lui jette la première pierre.
Laissons aux footeux le soin d’organiser les effets d’entraînement du 15 juillet et venons-en à ceux attendus de la métropole. Ces dernières années, la thèse d’une fracture entre une France des métropoles riches car connectées à la mondialisation et une France périphérique à l’écart de la création d’emplois et oubliée par l’action publique a rencontré une indéniable audience médiatique.[4] Cette image est concurrencée par une nouvelle représentation des territoires où des distinctions fondées sur la qualité des relations qu’une métropole entretient avec son arrière-pays se substitue au clivage entre France métropolitaine et France périphérique. Assurément, ce qui détermine la capacité d’entraînement des métropoles reste encore mystérieux. Mais si celle-ci ne peut plus être tenue pour automatique, le spectre des campagnes vampirisées par leur métropole a perdu de sa fatalité. La campagne peut devenir « un gisement économique d’avenir »[5] et constituer une ressource pour le développement métropolitain. Cette idée s’exprime depuis quatre ans par l’émergence d’une politique de voisinage entre Bordeaux Métropole et des villes moyennes de la Nouvelle-Aquitaine. Nous ne préjugerons pas de l’impact de cette coopération sur l’élargissement de l’horizon de notre conscience métropolitaine et l’affermissement de celle-ci. L’accent souvent mis dans ces alliances sur l’accès au numérique présage-t-il d’une « métropolisation virtuelle » ? « Pas de smart city sans smart country »[6], rétorquent les experts de l’aménagement, manière d’inviter les campagnes à imaginer leur inscription dans le réseau métropolitain.
Alors, les Foyens chanteront-ils un jour « On est métropole, on est métropole, on est, on est, on est métropole… » sur un air de liesse populaire bien connu ? Auront-ils raison de s’en réjouir ? Éternel dilemme face aux figures du salut : trop d’idolâtrie nous perd, mais trop d’iconoclastie nous empêche de chanter. Merci Didier…
[1] | O. Bouda-Olga, M. Grossetti, « La métropolisation, horizon indépassable de la croissance économique ? », Revue de l’OFCE, 2015/7, n° 143, p.117-144.
[2] | Titre d’un débat tenu lors du festival de la pensée « Les réclusiennes » consacré à l’argent en juillet 2018. Sainte-Foy-la Grande est la commune la plus pauvre de la Nouvelle-Aquitaine.
[3] | C. Lefèvre, Métropole introuvable, PUF, 2017.
[4] | Représentation inspirée des travaux du géographe Christophe Guilluy.
[5] | Voir le fait du jour de Sud-Ouest, 11 juillet 2018.
[6] | Cf. l’article de Mylène Villanove et Martin Vanier, Objectif aquitaine, 3 avril 2018.