L’heure de la belle saison a sonné et avec elle, l’envie de prendre le large, de quitter le quotidien pour aller respirer un air plus pur, plus vif.
La destination montagne gagne des adeptes. En 2016, près de 16 millions de personnes[1] déclarent pratiquer la randonnée estivale, soit un tiers des vacanciers. De la balade en boucle d’une journée à la randonnée itinérante, cette forme d’évasion connaît un succès grandissant : loin du tourisme de masse, cette pratique se veut plus respectueuse de l’environnement, offre des bienfaits physiques et permet de découvrir les grands espaces de nature et une culture montagnarde encore confidentielle.
À l’attention du promeneur débutant jusqu’au grimpeur de cimes confirmé, un avertissement : ne sortez jamais sans la carte IGN au 1/25 000 ! Si le GPS de randonnée, fonctionnel et pratique, permet de se déplacer, il ne peut pas se substituer à l’outil de base qu’est la carte. Issue de la famille des cartes d’état-major, la série bleue des cartes topographiques au 1/25 000 est l’outil indispensable pour tout marcheur, promeneur et randonneur.
Prévoir son itinéraire, calculer son temps de parcours, se repérer dans un espace complexe (celui de la montagne l’est particulièrement), tout cela s’apprend sous couvert de savoir lire la carte et de l’utiliser à bon escient, mais aussi de savoir manier la boussole.
Le premier élément pour la décrypter, c’est la question de l’échelle : le 1/25 000 signifie qu’un centimètre sur la carte représente une distance de 250 mètres. Sur un terrain plat sans obstacle et en prenant comme vitesse de marche un bon 4 km/h, la distance d’un kilomètre (soit la largeur de quatre doigts posés sur la carte) se parcourrait en 15 minutes. Ce résultat théorique aide à se faire une idée des distances « à vol d’oiseau » et sera évidemment pondéré en fonction du relief, des obstacles et des courbes des chemins repérés sur la carte.
La deuxième clef de lecture est celle des couleurs. Une gamme simple et facilement interprétable par le marcheur : le noir représente tout ce qui est fait ou apporté par l’être humain : constructions (refuges, bergeries), chemins, monuments. Le gris-noir concerne les éléments de roches, pierriers et falaises (attention, danger !). Le violet est la couleur des sentiers balisés et des chemins de grandes randonnées (GR). En bleu, sont recensés tous les éléments en lien avec l’eau : ruisseaux, rivières, lacs, sources ou citernes. Le rouge, l’oranger et le jaune représentent les routes, plus ou moins carrossables, et enfin, le vert et le blanc indiquent la présence ou non de végétation. Des pictogrammes discrets indiquent même le type de végétation : feuillus, conifères ou broussailles.
Enfin, le troisième élément indispensable à décrypter est celui du relief. Deux éléments graphiques permettent de s’en faire une idée : les ombres et les courbes de niveau. À partir des sommets et des crêtes, facilement reconnaissables, les cartographes ont pris le parti de griser les ombres portées en direction du sud-est. Cela permet de lire les pentes : plus la partie est sombre, plus la pente sera raide. Cette lecture est soulignée par la présence de courbes de niveau. L’équidistance des courbes de niveau est de 10 mètres en montagne (et de 5 mètres dans les plaines). L’espacement entre les courbes donnera là aussi des indications sur l’inclinaison de la pente : plus les lignes sont resserrées, plus l’ascension sera ardue (voir impossible !). En revanche, un espacement plus lâche promet une ascension plus douce. Attention toutefois aux courbes de niveau crénelées : il s’agira certainement d’une barre rocheuse ou d’un précipice !
Ces quelques clefs de lecture de la carte au 1/25 000 permettent de comprendre d’un point de vue théorique l’espace que l’on compte arpenter. Vient ensuite la mise en pratique, sac au dos, carte dans la poche arrière. La randonnée peut débuter. Il faudra alors identifier dans l’espace que l’on traverse, les éléments repérés : les sommets environnants, les forêts, les cours d’eau, les éboulis, les prairies d’alpage. Confronter cette mosaïque spatiale à celle dessinée sur la carte est, au-delà d’un jeu plaisant, un exercice qui permet de lire l’environnement, de comprendre l’espace et le territoire dans sa complexité. Avec la pratique, le randonneur armé de sa carte (et de sa boussole, ou même d’un altimètre pour les plus aguerris) pourra s’éloigner des sentiers battus, prendre des chemins de traverse et se donner le frisson d’une évasion plus large encore.
À l’image d’un parcours en voiture, la randonnée peut aussi se pratiquer avec un GPS. Il suffit d’entrer les coordonnées géographiques du point que l’on souhaite rejoindre (un sommet, un lac, un refuge) et l’outil vous indiquera le chemin à suivre. Le point rouge au centre de l’écran, c’est vous. Savoir s’orienter avec une carte et une boussole est une base de connaissance qui facilite l’utilisation du GPS et non l’inverse. Une fois que l’on sait bien s’orienter sur le terrain, on pourra utiliser un GPS intelligemment et éviter de se perdre. Parfois, un simple coup d’œil à la carte ou à la boussole permettrait à certains randonneurs de se rendre compte d’une grossière erreur.
Nez rivé à l’écran (la plupart du temps), le randonneur 2.0 n’apprendra pas nécessairement à lire le terrain qu’il traverse, à estimer sa vitesse de progression, à suivre les balisages et s’interrogera même sur la présence de cairns[2]. L’outil GPS est certes pratique et il permet de rejoindre plus ou moins facilement son point d’arrivée (ou de chute !). Toutefois, il retirera une grande partie du plaisir de la randonnée : se repérer dans l’espace par les repères visuels ou sonores (le bruit du cours d’eau invisible, le son des cloches d’un troupeau de brebis) ôtera une part de subjectivité dans le choix du chemin à suivre. De plus, sous couvert d’avoir en main un GPS, certains en oublient d’être prudents… et ce, sans compter qu’il peut aussi tomber en panne !
Un conseil : à l’heure où le télétravail est encore de mise et où les vacances restent suspendues à un contexte sanitaire incertain, sortez vos cartes au 1/25 000 des derniers coins que vous avez visités. Prenez le temps de vous perdre dans le massif de votre choix, suivez du doigt les sentiers que vous pourrez emprunter, imaginez la forme des sommets qui vous entourent, repérez leurs noms, leurs altitudes, identifiez les cours et les points d’eau qui vous rafraîchiront, ressentez les odeurs des forêts de mélèzes que vous traversez. En attendant d’arpenter les sommets, la carte au 1/25 000 peut faire rêver, peut faire voyager à distance… d’une certaine façon, télé-randonner !
[1] | https://www.sportsdenature.gouv.fr/
[2] | Monticules de pierres posés par les précédents randonneurs pour indiquer le passage à suivre en cas de manque de balisage.