Le TLFi (trésor de la langue française informatisé) est formel : la transition est un état provisoire entre deux états stables. Il s’agit donc d’un moment de déséquilibre voire de crise.

Jusque dans les années 1970, la transition est essentiellement démographique… ou marxiste !

Léon Trotski rédige en effet un programme de transition[1] en septembre 1938, « dont la tâche consiste en une mobilisation systématique des masses pour la révolution prolétarienne » et qui en précise les modalités : renouvellement et mobilisation des syndicats, grèves, création de comités d’usine, de milices ouvrières, de détachements de combat, expropriation des groupes capitalistes et des banques privées, armement des ouvriers, alliance avec les paysans, etc. Il s’agit bien ici de passer d’un état capitaliste à un état communiste, par une phase de transition révolutionnaire.

La transition démographique est théorisée quelques années plus tard, en 1945. Elle observe que les populations passent d’un niveau de forte mortalité et de forte natalité à un niveau où les deux sont faibles. Durant ces deux états, antérieur et postérieur à la transition, la croissance de population est modérée, les décès compensant le volume des naissances. Or la baisse de la mortalité précédant toujours celle de la natalité, la période transitoire connaît une très forte croissance de la population. Cette transition s’est déroulée précocément, dès la fin du XVIIIe siècle, dans certains pays européens comme la France et le Royaume-Uni, et beaucoup plus récemment (et plus rapidement) en Asie ou en Afrique, où elle est parfois toujours en cours.

Dans les années 1970, avec la première crise pétrolière et industrielle apparaît la notion de transition énergétique, qui se voulait un terme moins anxiogène que crise. À l’époque, il s’agissait de passer du charbon et du pétrole au nucléaire et aux énergies renouvelables. À la fin des années 2000, c’est la transition écologique qui entre en jeu, théorisée par Rob Hopkins, un enseignant britannique en permaculture. Il développe ce concept dans son ouvrage The Transition Handbook : From Oil Dependency to Local Resilience, publié en 2008, et traduit en français en 2010 sous le titre Manuel de transition : de la dépendance au pétrole à la résilience locale[2]. Cette transition voit bien au-delà de la seule transition énergétique et décline de nombreux chantiers, de la transition agro-alimentaire (passer d’une agriculture industrielle et chimique à une agriculture biologique paysanne et localisée) à la transition industrielle (une production décarbonée et sobre de biens durables, réparables et recyclables) en passant par la transition urbaine, qui doit conduire à des villes durables, décarbonées, sobres et inclusives. Rob Hopkins a souhaité mettre en œuvre ses principes dans sa ville de résidence, et c’est ainsi que Totnes, en Angleterre, est devenue la première ville du réseau Villes en transition.

En France, la transition apparaît à travers un conseil national de la transition écologique (CNTE), créé en novembre 2013, puis, sous la présidence Macron, par la transformation du ministère de l’écologie et du développement durable en un ministère de la Transition écologique et solidaire en 2017 et ses différents avatars : ministère de la Transition écologique (2020), de la Transition écologique et Cohésion des territoires et ministère de la Transition énergétique (2022).

Il est intéressant et quelque peu angoissant de noter que si l’origine (latine) du mot est bien liée à la notion de passage, il s’agit alors du passage vers l’au-delà, comme le verbe transir qui signifiait mourir. Le TLFi donne d’ailleurs pour première mention du mot le sens d’agonie.

Ce qui pèse sur les épaules de la transition est donc bien de sortir du processus mortifère inscrit dans son étymologie pour atteindre ce fameux état stable ultérieur des lendemains qui chantent. Vaste programme !


[1] | Programme de transition ou l’agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale, sous-titré : La mobilisation des masses autour des revendications transitoires comme préparation à la prise du pouvoir.

[2] | Écosociété éditions, Montréal, 2010, 216 p.

 

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