Éditorial du n° 6

Autarcie ! À l’heure de la connexion numérique généralisée, le plus grand bonheur semble être dans l’autosuffisance : mon énergie (avec mes panneaux solaires), mon eau (de récupération ou de captage), mes plans de tomates… Aristote n’aurait pas dit mieux, qui ne concevait la cité que dans l’autarcie et la béatitude dans la non-dépendance.
Le rêve de l’autonomie énergétique ne date pas d’aujourd’hui. En 1958 déjà, Yona Friedman voulait « libérer l’habitation de ses réseaux ». Le premier choc pétrolier de 1973 a ravivé cette utopie architecturale de la maison autonome, versions retour à la nature ou expérimentations high-tech. Ces velléités de débranchement s’élargissent désormais. Les circuits courts et la proximité comme réponses à la puissance des firmes mondialisées et à l’envahissement technologique ? Le local (ressources vivrières, énergies renouvelables…) contre le global ? Et la frugalité vertueuse en prime ?
D’un point de vue macro-économique, l’intérêt autarcique ne va pas de soi. Les bonnes vieilles économies d’échelle et d’envergure militent encore pour la division spatiale du travail et l’interconnexion des réseaux. Les marchés n’ont pas tous la même taille, heureusement pour les crus bordelais d’ailleurs. Et l’analyse de l’empreinte environnementale des systèmes de production révèle souvent des surprises. Ainsi, le fret ferroviaire réclame une massification des flux que la proximité est bien en peine de faciliter.
Mais la tendance séculaire à plus d’interdépend…

Télécharger la revue