Éditorial du n° 21

Travailleurs de l’ombre aux métiers essentiels, professionnels itinérants sous tension, population en marge des territoires « dynamiques », jeunes des quartiers prioritaires…

Qui sont les invisibles des métropoles ? Du centre-ville de Bordeaux au périurbain girondin, de Paris à Roubaix et jusqu’à Moscou, CaMBo consacre le dossier de ce numéro à ceux que l’on ne voit pas ou que l’on ne veut pas voir, et propose une mosaïque de figures, de situations, d’individus, oubliés ou impensés des politiques publiques.

Réfugiés, sdf, ou simplement gens ordinaires, travailleurs de l’ombre ou de la nuit, personnes aux « vies minuscules » (selon l’expression de l’auteur Pierre Michon) : les invisibles sont mis en lumière et en récit par les photographes, les écrivains, les cinéastes mais aussi par les journalistes. Ils attribuent à ces anonymes un prénom, révèlent un visage, font entendre une voix. Incarner ces personnes, leur donner une épaisseur charnelle et symbolique, raconter des parcours de vie, permet de les faire exister individuellement et collectivement.

Au cinéma, par exemple, le phénomène n’est pas nouveau – pensons au film Elle court, elle court, la banlieue réalisé en 1973 par Gérard Pirès – mais il paraît s’intensifier sur fond de crises inédites. Certains films récents sont particulièrement éloquents. Les invisibles de Louis-Julien Petit (2019) qui aborde le sujet des femmes qui vivent dans la rue et Ouistreham d’Emmanuel Carrère (2022), consacré aux femmes agents d’entretien dans les ferries, ont quelque chose en commun : les personnages sont portés par des actrices professionnelles mais aussi par de « vraies » femmes qui jouent un rôle proche de leurs expériences vécues. Ces personnages sont aussi des personnes. Au plus près de la vérité, les corps et les âmes sont montrés dans leurs imperfections et leur humanité. Dans À plein temps d’Eric Gravel (2022), l’actrice principale incarne une mère célibataire dont les journées sous tension ressemblent à une course d’obstacles. …

Dossier - Les invisibles
Coordonné par Françoise le Lay Gilles Pinson
Les invisibles

| Gilles Pinson
Dans l’envers des métropoles

Économie ordinaire, classes populaires invisibles et renforcement des inégalités

| Ludovic Halbert | Nicolas Raimbault
Les Gilets jaunes

| Pierre Blavier
Zones d’invisibilité

De l’expérimentation post-soviétique à l’application française

| Stany Cambot
Jeunes de quartiers

Quand la mobilité génère l’invisibilité

| Léonie Bonnet | Lola Sansac
Sous les pavés, les réseaux

| François Cougoule
Les enfants, des habitant.e.s à part entière !

Expériences enfantines de la pandémie de Covid-19 dans les quartiers populaires

| Jessica Brandler-Weinreb
Le travail de subsistance

Pilier invisible du quotidien populaire

| Collectif Rosa Bonheur
Zonards dans Bordeaux

Des invisibles trop visibles ? Entretien avec Tristana Pimor

| Françoise le Lay
Militaires de l’opération Sentinelle

Présence invisible ou visibilité absente ?

| Arthur Oldra
Rubriques

Grand entretien
Ariella Masboungi | Gilles Pinson
Controverse
Les métropoles en France | Bastien Bezzon | Guillaume Pouyanne
Impertinence
Blues métropolitain | Thierry Oblet

Espaces publics
Voisinage
Saucats | Claire Dutilleul
Innovation

Représentation
La consommation d’eau potable | Pablo Salinas Kraljevich
Recherche
La ville vécue de la drogue | Sandrine Vaucelle
Méthode
Le récit | Jean-Christophe Chadanson
Chiffrage
Zéro | Mireille Bouleau
Lexique
Hospitalité | Stella Manning
Actualité du droit
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