Éditorial du n° 27

Que signifie « faire société » aujourd’hui en ville ?  Qu’est « ce qui nous lie » à nos proches, à ceux que l’on croise,  aux autres plus lointains ?
Ces questions traversent notre époque, à toutes les échelles,  du quartier au monde globalisé. Elles révèlent ainsi que « faire société » n’a rien d’évident, sans doute aujourd’hui plus qu’hier.

Cela reste-t-il un objectif des politiques publiques ? Un avenir désirable pour les individus dans leur diversité ?
Riches d’exemples d’ici et d’ailleurs, de réflexions sur des sujets aussi divers que la place de l’école,  les quartiers politique de la ville  ou notre rapport au vivant,  ce dossier ébauche des réponses à cette importante et délicate question.

Il y a des mots qui, suremployés, banalisés, galvaudés, finissent par s’épuiser. « Vivre ensemble » est l’un de ceux-là.

Cette expression serait apparue sur la scène publique dans les années 1980, prononcée par la maire socialiste sortante de la commune de Dreux comme contre-discours au Front National. Quelques décennies plus tard, l’expression devenue slogan, fleurit dans la publicité, se distille dans les romans et rengaines à succès, s’affiche sur les murs des lieux publics, enfle dans les médias. Elle recourt à divers raffinements graphiques : entre guillemets, avec ou sans virgule (« Vivre, ensemble » proclamait une campagne pour la sécurité routière en 2019), avec ou sans trait d’union, et a muté en substantif, « le » vivre-ensemble, solidement installé dans le langage courant.

Comme c’est souvent le cas, l’expression doit probablement son succès à son caractère malléable, voire flou. « Vivre ensemble » est à la fois minimaliste (une sorte de co-présence) et étirable à souhait de la sphère de l’intimité, à l’espace de la proximité, jusqu’à l’universalité : nous vivons ensemble au sein d’un foyer, nous cohabitons dans un immeuble, dans un quartier, dans une ville, nous coexistons dans un pays, sur la planète… Toutes les échelles sont invoquées : one size fits all vanterait le monde du prêt-à-porter.

Ce que l’expression perd en précision, elle le gagne en commodité. Elle se substitue, ainsi, à beaucoup de mots pour parler – ou plutôt ne pas parler – de tolérance,…

Dossier - Faire société
Coordonné par Thierry Oblet Gilles Pinson Élise Thouron
D’une ville qui ferait société

| Élise Thouron | Gilles Pinson | Thierry Oblet
Des lieux pour faire du lien

La politique de la ville mérite-t-elle son nom ?

| Thomas Kirszbaum
La fragmentation ethno-raciale dans 5 villes américaines

Dépasser l'opposition ghetto noir vs banlieue blanche

| Sylvestre Duroudier
L’école dans la ville

| François Dubet
Territoires

La marche vers l’égalité trouvera-t-elle un second souffle ?

| Philippe Estèbe
Faire société autour du vivant

| Christophe Bouriette | Marion Vaconsin
Le port en partage

Rythmes urbains et sociabilité de la baignade à Copenhague

| Clément Brun
Faire commun à Bacalan

À la rencontre des associations

| Emma Pot
Rubriques

Grand entretien
Nicolas Rio | Gilles Pinson
Controverse
RIP les ZFE | Elena Held
Impertinence

Espaces publics
Rendez-vous avec les rez-de-ville ! | Morane Le Gallic | Sophie Haddak-Bayce
Voisinage
Liège et Gand : des politiques alimentaires en transition | Benjamin Corchuan | Célia Destouches | Diego Ribeiro | Juliette Betina | Lionel Tastet

Mémoire
Tranche de vie
Un autre Bordeaux | Nathanaël Fournier

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