RUE. Derrière ces trois lettres se cache un cortège de contrastes : permanence et réinvention, contrainte et liberté, tension et convivialité, pouvoir et dénuement, asphalte et poésie…
Dotée d’une force mémorielle et d’un imaginaire puissant, la rue raconte à elle seule l’histoire d’une ville, d’un pays, autant que les récits d’une multitude de vies.
Mais à qui appartient la rue ?
Ce 25e numéro de CaMBo fait place à la rue. Pièce fondatrice de l’organisation des villes, la rue est aussi l’espace de la rencontre, de la confrontation à l’altérité. Si elle est la scène où se jouent tous les rapports de force – conflits d’usages, harcèlement et violences, expressions politiques et manifestations… – certains préfèrent la voir, à l’instar de l’auteure Jane Jacobs, comme la matrice de la sociabilité et de la culture urbaine.
La rue parfaite est une affaire de proportions. La rue idéale, une affaire de représentations. Dans notre pays, la rue type, idéale, c’est la rue traditionnelle. Plutôt petite, épargnée par une excessive circulation automobile, souvent populaire, elle est animée (bruyante juste ce qu’il faut), commerçante à souhait (pour avoir tout « en bas de chez soi »), et la vie familiale y déborde du logement vers l’espace public. C’est la « rue Gama » de la publicité des années 1980, c’est la rue Lepic et ses semblables montmartroises arpentées par le personnage d’Amélie Poulain.
La rue de demain, projetée par ceux qui font la ville et ceux qui y habitent, reprend étonnamment les codes du passé : la proximité, le lien social, la vie dehors, un rythme ralenti grâce à la victoire du piéton et du cycliste sur l’automobiliste. Une rue qui rassure. Ainsi, la rue à venir serait-elle simplement guidée par la nostalgie ? Un nouvel élément structurant et non négociable est cependant à prendre en compte : la nature. La rue sera désormais débi…
Ce 25e numéro de CaMBo fait place à la rue. Pièce fondatrice de l’organisation des villes, la rue est aussi l’espace de la rencontre, de la confrontation à l’altérité. Si elle est la scène où se jouent tous les rapports de force – conflits d’usages, harcèlement et violences, expressions politiques et manifestations… – certains préfèrent la voir, à l’instar de l’auteure Jane Jacobs, comme la matrice de la sociabilité et de la culture urbaine.
La rue parfaite est une affaire de proportions. La rue idéale, une affaire de représentations. Dans notre pays, la rue type, idéale, c’est la rue traditionnelle. Plutôt petite, épargnée par une excessive circulation automobile, souvent populaire, elle est animée (bruyante juste ce qu’il faut), commerçante à souhait (pour avoir tout « en bas de chez soi »), et la vie familiale y déborde du logement vers l’espace public. C’est la « rue Gama » de la publicité des années 1980, c’est la rue Lepic et ses semblables montmartroises arpentées par le personnage d’Amélie Poulain.
La rue de demain, projetée par ceux qui font la ville et ceux qui y habitent, reprend étonnamment les codes du passé : la proximité, le lien social, la vie dehors, un rythme ralenti grâce à la victoire du piéton et du cycliste sur l’automobiliste. Une rue qui rassure. Ainsi, la rue à venir serait-elle simplement guidée par la nostalgie ? Un nouvel élément structurant et non négociable est cependant à prendre en compte : la nature. La rue sera désormais débitumée, désimperméabilisée, plantée et rafraîchie, changement climatique oblige. Nous vivons le temps du retour de la terre dans la rue.
Toutefois, par-delà les urgences, les modèles et les imaginaires collectifs, qui inspirent et orientent la fabrique urbaine, la rue qui compte est la rue sentimentale. Investie par chacun selon ses émotions, la rue sentimentale se révèle et s’installe quand les récits de vie et les villes se confondent. Dans son discours prononcé à Stockholm, en 2014, pour la réception du prix Nobel de littérature, l’écrivain Patrick Modiano disait : « Pour ceux qui y sont nés et y ont vécu, à mesure que les années passent, chaque quartier, chaque rue d’une ville, évoque un souvenir, une rencontre, un chagrin, un moment de bonheur. Et souvent la même rue est liée pour vous à des souvenirs successifs, si bien que grâce à la topographie d’une ville, c’est toute votre vie qui vous revient à la mémoire par couches successives, comme si vous pouviez déchiffrer les écritures superposées d’un palimpseste. »